Agri79 Informations 05 novembre 2015 à 08h00 | Par Victor Bellaud

Et maintenant, la truffe

Après le tourteau fromagé, le veau de Chalais ou les crevettes impériales, la truffe s’apprête à devenir le 30e produit à bénéficier du label Signé Poitou-Charentes.

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Le tuber melanosporum va désormais bénéficier d’un signé Poitou-Charentes.
Le tuber melanosporum va désormais bénéficier d’un signé Poitou-Charentes. - © Abdel Ourzik

C’est l’histoire d’un produit d’exception, qui s’échange à prix d’or sur les marchés et que l’on retrouve dans les assiettes des plus grands restaurants. Ce produit, c’est la tuber melanosporum, plus connue sous le nom de truffe du Périgord. Laquelle va désormais pouvoir se targuer d’être Signée « Poitou Charentes ». Pour Bruno Allafort, le président de la Fédération régionale des trufficulteurs du Poitou-Charentes (FRTPC), il s’agit d’un juste retour des choses : « On associe toujours la truffe au Périgord ou à la Drôme. Mais saviez-vous qu’en 1850, notre région produisait 100 tonnes de truffes par an ? »
Florissante au XIXe siècle, la trufficulture picto-charentaise a ensuite périclité : « La première guerre mondiale a vidé les campagnes, puis la mécanisation de l’agriculture a incité les paysans à se tourner vers d’autres productions », souligne Bruno Allafort. Mais depuis 20 ans, sous l’impulsion de quelques passionnés et avec l’aide des chambres d’agriculture, elle a peu à peu remonté la pente, jusqu’à (re) devenir un produit incontournable de notre région : « La fédération compte 700 adhérents et 1 700 ha de truffières sont répertoriés, le tout pour une production d’environ 2,5 tonnes par an », détaille le président de la FRTPC.

Une production menacée
Seulement voilà, de nouvelles menaces planent sur la trufficulture régionale. Au premier rang d’entre elles, les immenses truffières récemment plantées en Espagne, avec le soutien de l’Union Européenne, dont les produits s’échangent déjà sur les marchés du sud-est de la France à des prix défiant toute concurrence : environ 250 € le kg contre une moyenne de 500 € le kg sur le célèbre marché de Jarnac. À cela vient s’ajouter la fusion des régions, où Poitou-Charentes et Périgord vont devoir cohabiter au sein de la même entité : « Dans ce contexte, il était devenu nécessaire pour nous de se distinguer, d’où l’idée d’une démarche qualité », raconte Bruno Allafort.
La FRTPC s’est donc rapprochée de l’Institut régional de la qualité agroalimentaire (Irqua) afin de pouvoir proposer à ses adhérents le célèbre label Signé Poitou-Charentes. Un peu plus d’un an après les premiers contacts, un cahier des charges vient tout juste d’être rédigé. Pour obtenir le fameux label, un trufficulteur devra, en plus d’être adhérent à la FRTPC, respecter bon nombre de critères, qui vont de la plantation des arbres truffiers jusqu’à la conservation et la mise en marché de tuber melanosporum, seule variété de truffe concernée par la démarche.

« Une terre de truffes »
Parmi ces critères, des plants certifiés Inra, pas de désherbant au-delà de la troisième année, une récolte traditionnelle, avec chien ou cochon, ou un produit lavé, brossé et canifé pour la vente. « On s’inscrit dans une logique de territoire, de circuit court, et nous voulons communiquer sur le fait que le Poitou-Charentes a toujours été une terre de truffes. Nous ne sommes pas moins légitimes que le Périgord », martèle Bruno Allafort. Prochaine étape pour la FRTPC et son président, recenser les trufficulteurs intéressés par l’obtention du label. Puis l’Irqua se déplacera sur le terrain vérifier la conformité des pratiques avec le cahier des charges, « l’objectif étant que les premières truffes “signées Poitou-Charentes” se vendent sur le marché de Jarnac le 1er décembre », dixit Anne Degueret, chargée de mission qualité à l’Irqua. À cela vient s’ajouter un projet de construction d’une maison de la truffe et de la trufficulture, qui serait financée en partie par le fonds européen Leader Ouest-Charente, et dont l’endroit reste à définir.

Bruno Allafort
Bruno Allafort - © N.C.

Truffé de passion

Rien, a priori, ne destinait Bruno Allafort à la trufficulture. Et pourtant, cet ingénieur en travaux public de 56 ans est tombé dedans en 1996, après avoir hérité d’un terrain situé à Bourg-Charente, sur lequel il comptait y planter des noyers : « C’est une brochure sur la relance de la trufficulture en Charente qui m’a décidé », explique-t-il. Depuis, une véritable histoire d’amour s’est nouée entre la truffe et celui qui, en plus d’être président de la FRTPC, est vice-président de la fédération nationale : « Il y a tellement d’incertitudes autour de la trufficulture que cela entretient de nombreux échanges. Et puis, il y a la relation avec le chien...». Intarissable sur le sujet, Bruno Allafort n’est donc pas peu fier de pouvoir proposer dès cette année des truffes « signées Poitou-Charentes » sur les tables des fêtes.

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