Agri79 Informations 18 septembre 2014 à 08h00 | Par G.R.

Alléger les contraines pour que s'épanouisse l'économie agricole

Fnsea et JA 79 demandent du pragmatisme aux élus en matière d’économie et d’environnement. Mais aussi de réduire les contraintes administratives. Faute de quoi, les 20 000 emplois que génère la valeur ajoutée dans le département, sont menacés.

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Trois tables rondes ont ponctué le journée : l’économie, l’eau, le foncier. Avec un consensus sur l’emploi et la valeur ajoutée sur le territoire.
Trois tables rondes ont ponctué le journée : l’économie, l’eau, le foncier. Avec un consensus sur l’emploi et la valeur ajoutée sur le territoire. - © N.C.

“L’agriculture, pilier de l’économie du département. Mais pour combien de temps ? », s’interroge le comité de liaison des organisations professionnelles agricoles, qui organisait des États généraux de l’agriculture deux-sévrienne, le 12 septembre, à Parthenay. Si ce secteur d’activité tient un rôle de premier plan en Deux-Sèvres, c’est, soulignent les JA et la Fnsea 79, grâce à la valeur ajoutée. Il faut donc la préserver. Car grâce à elle, 20 000 emplois de la production à la transformation, soit un actif sur 6 sont en jeu.
Mais la profession est menacée par les contraintes qui pèsent sur les exploitations. Des contraintes économiques et environnementales. « Il y a urgence à prendre des décisions pour libérer les énergies », soulignent les organisations agricoles qui avaient invité les élus à prendre part aux débats. « Ils ont un pouvoir de décision en la matière ».
Sylvie Macheteau a rappelé l’historique d’un projet de maternité collective accepté par l’administration, mais qui n’a pas abouti « à cause de l’opposition d’associations environnementalistes ». « Le conseil général s’y est opposé, alors qu’il défend l’emploi. En cédant à ces associations, on est en droit de se demander s’ils ont encore envie que l’on produise du porc dans le département », poursuivait-elle. Elle demandait alors aux élus de faire preuve de réalisme et de ne pas accentuer « le clivage entre les attentes sociétales et la nécessité économique ».
Pour Dominique Grasset, président de Gastronome, « le seul modèle agricole qui fonctionne c’est celui qui produit de la valeur ajoutée ! ». Y compris les hors-sol qui ont leur raison d’être pour les filières locales, comme l’administration le rappelle souvent. Perte de valeur ajoutée et recul de l’élevage au profit des cultures de ventes sont deux menaces avérées pour les filières d’élevage comme en témoigne la suppression d’emplois par Maïsadour dans le Thouarsais.
Malheureusement, soulignait Claude Mimeau, vice-président du Crédit agricole, la concentration dans les filières, « va se poursuivre » au risque d’appauvrir l’économie départementale. Dans le secteur laitier, l’attractivité du métier, « par le prix », doit être prise à bras le corps « pour relancer l’installation », estimait Alain Noirtault. De son côté, Thierry Bernier rappelait les 17 000 euros de revenu des éleveurs de bovins viande mettant en cause des outils d’abattage « pas assez performants » pour que les prix soient rémunérateurs.

“On attend le choc de simplification”
Les élus sont également sollicités pour faciliter les projets collectifs de réserves d’eau et réduire les procédures. Ils concernent 400 exploitations, avec en moyenne 4 emplois induits pour chacune d’elles. « Cette lourdeur administrative », y compris pour stocker l’eau de ruissellement et de drainage dans le bocage, « est un frein à la sécurité et à la diversité des assolements, luzerne, porte graines… », estime David Paillat, à Mauzé-sur-le-Mignon qui ne veut pas revivre l’interruption brutale de l’irrigation en juin 2005 alors que le chiffre d’affaires sur son exploitation se répartit à égalité entre céréales et lait.
« On attend le choc de simplification », enchaîne-t-il. Mais il va plus loin : « on a besoin d’un vrai portage politique de ces projets pour qu’ils aient une chance d’aboutir, sans quoi, en ce qui nous concerne, 250 animaux sont compromis. Sur 400 hectares, on peut faire des céréales à deux. Mais ce n’est pas notre projet », dit encore celui qui prend à cœur « son (mon) rôle d’entrepreneur ».
Ce projet départemental est soutenu par les coopératives, comme l’a expliqué Emmanuel Villeneuve, de Coop de France Poitou-Charentes et de Coréa partenaire de la filière soja non OGM. « Nous voulons mettre 15 000 hectares en culture dans les cinq prochaines années, pour l’usine d’aliments du bétail d’Alicoop. Pour cela, il nous faut l’assurance de pouvoir sécuriser la production grâce à l’irrigation ». Le projet de territoire auquel est liée l’irrigation, « portera sur plusieurs générations », souligne Thierry Boudaud. « On ne peut pas faire plus collectif et plus durable avec ce dossier de la Coop de l’eau ». « C’est un enjeu de territoire », reprenait à son compte Jérôme Balloge, président de la CAN, stigmatisant « le dogmatisme de l’accès à l’eau » et déplorant « l’incompréhension » qui préside à la réalisation de ces investissements.
Les Jeunes Agriculteurs expriment aussi leur incompréhension quand l’activité agricole perd entre 500 ha et 600 ha par an au profit de zones naturelles ou à urbaniser. « Il n’y a pas d’installation sans foncier », a insisté Yohan Baudouin, secrétaire général. Si l’aménagement de la 2X2 voies entre Bressuire et Cholet a été plutôt bien géré grâce à des réserves foncières, Philippe Monneau dénonce l’achat d’un hectare fin 2012 dans la zone économique de Bressuire toujours en friche à ce jour : « c’est inadmissible. Que les aménageurs utilisent déjà ce qu’ils ont ».

Une terre de valeur ajoutée
Jean-Marc Renaudeau, président de la chambre d’agriculture rappelait l’existence d’une charte signée en 2009, qui permet aux propriétaires, Etat et collectivité de se mettre autour de la table pour prendre en compte « l’impact des projets d’aménagement sur les exploitations ».
Mais l’exaspération monte d’un cran avec les compensations environnementales. Actuellement, c’est le dossier LGV qui retient l’attention dans le Mellois. Pascal Léoment dénonce la surenchère à la replantation de haies. « Normalement, quand un mètre est arraché, on doit en replanter deux. On en est à cinq mètres ! », explique-t-il. Ce que résume Thierry Jayat, par la formule : « désormais, l’outarde est prioritaire sur l’élevage ».
D’une façon générale, ce sont les contraintes qui sont dénoncées par Jeunes Agriculteurs. « Nous voulons vivre de notre métier. Mais sans cesse la législation évolue. Et quand elle ne freine pas nos projets, elle décourage » assure leur président Julien Chartier.
C’est justement pour éviter ce découragement que la profession espère que les Deux-Sèvres resteront une terre de valeur ajoutée.

Eau de pluie
Selon Thierry Boudaud, de la Coop de l’eau, l’irrigation concerne 17 % des surfaces agricoles dans le Monde qui génèrent 40 % de la production agricole mondiale. Au Maroc et en Espagne, 80 % à 100 % de l’eau de pluie est valorisée par l’irrigation, mais seulement 1 % en France.

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