Agri79 Informations 28 mai 2009 à 09h34 | Par C.P.

Lait - Cinq laiteries bloquées dans le département

La « journée blanche » du 25 mai avait pour objectif d’amener les industriels à la table des négociations sur le prix du lait. Les blocages ont été effectifs toute la matinée devant les laiteries de Celles-sur-Belle, Echiré, Pamplie, Lezay et Riblaire.

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A Pamplie, il était question de stratégies offensives. « Il ne suffit pas de constituer des réserves. Pour exister demain, les entreprises doivent investir pour pénétrer le marché », sifflaient les manifestants.
A Pamplie, il était question de stratégies offensives. « Il ne suffit pas de constituer des réserves. Pour exister demain, les entreprises doivent investir pour pénétrer le marché », sifflaient les manifestants. - © DR

Lundi 25 mai, en fin matinée, devant la laiterie de Pamplie, les leaders sont au téléphone. Les nouvelles arrivent d’un peu partout dans la région. La trentaine d’éleveurs qui ce matin 8 heures décrétaient l’état de siège se préparent pour le casse-croûte. 

Comme leurs confrères, présents devant la CLS à Celles-sur-Belle, la Coopérative du Pays de Gâtine, la laiterie de Riblaire ainsi que celle de Lezay, ils dénoncent « l’insupportable » prix du lait payé en avril. Après les semonces adressées aux pouvoirs publics la semaine dernière (cf. Agri 79 du 22 mai), c’est à leurs coopératives et aux industriels laitiers qu’ils s’adressent. « Nous attendons que les transformateurs s’engagent à nos côtés. Nous ne pouvons continuer à livrer du lait qui nous est acheté moins cher qu’il ne nous coûte à produire », entend-on dans les rangs des manifestants. 250 euros les 1000 litres pour les uns, 260 euros pour les autres… et quand bien même serait-il acheté 270 euros les 1000 litres, les éleveurs ne s’y retrouvent pas. « Et d’autant moins que l’année dernière était une excellente année », note quelques kilomètres plus loin Eric Simon, président de la CLS, venu à la rencontre de la délégation qui bloque son unité à Celles-sur-Belle. « C’est en 2009, année inégalée en terme de baisse du prix du litre de lait, que les agriculteurs doivent s’acquitter des charges fiscales et sociales inhérentes au bon exercice 2008 », relevait-il quelques minutes avant de cosigner le courrier d’engagement proposé par les producteurs adhérents de la FDSEA. « Nous faisons face à des charges en hausse de 20% », rappelle Philippe Moinard aux dirigeants de la laiterie. « Les investissements sont toujours plus élevés pour répondre aux obligations de mises aux normes. Si l’on veut conserver une production laitière en Poitou-Charentes, il faut stabiliser le prix du litre de lait. »

Ce matin, le syndicaliste épaulé d’une quinzaine de ses confrères enlèvera  la signature au responsable du conseil d’administration. « Un engagement écrit à revenir dès cette semaine à la table des négociations. Il faut rétablir un prix du litre de lait  rémunérateur », revendique-t-il. Un symbole attendu par l’ensemble des producteurs qu’ils soient liés à l’unité  de Pamplie, de Lezay, de La Chapelle-Thireuil et de la Viette ou de Celles-sur-Belle ou encore au groupe Lactalis. Le maillon production appelle la constitution d’un front commun pour ensuite obtenir de l’Europe le rétablissement des outils de régulation qui ces vingt dernières années ont protégé la filière. « Leur démantèlement depuis 2004  a d’abord eu pour conséquence la fonte des stocks. En 2007 et 2008, la rareté de la matière a entraîné l’emballement des prix que l’on sait. Et aujourd’hui, c’est la descente aux enfers », relate Guy Bonneau, directeur de la CLS reconnaissant que jamais un tel prix n’avait encore été pratiqué. 

A 11h30, l’engagement obtenu des dirigeants de la CLS à rejoindre la table des négociations, les manifestants rentraient chez eux. A Pamplie le blocus restait d’actualité. Michel Desnoue, relate le succès des actions enchaînées « depuis le 18 mai devant l’opérateur Bongrain par les collègues du Maine- et-Loire. Il l’apprenait quelques minutes plus tôt par téléphone. Alors qu’il refusait catégoriquement les négociations interprofessionnelles, l’industriel vient de céder. Il revient à la table des négociations avec un engagement à ne pas descendre en deçà de 250 euros les 1000 litres ». Un prix si faible pour certains que « l’on ne peut parler que de demi-victoire ». D’autres retiennent les conséquences positives de la mobilisation et de la détermination des producteurs. A 13 heures, conformément au mot d’ordre départemental, les derniers blocages étaient levés en Deux-Sèvres. L’activité des unités de transformation reprenait son cours normal. Mais, sous la menace de nouvelles actions sans résultat acceptable des futures rencontres interprofessionnelles.                  


Les producteurs, « fusibles » des laiteries

DANS LE NORD du département, l’action de lundi s’inscrit dans une série commencée le 15 mai. Samedi, 60 manifestants ont voulu distribuer du lait au Centre Leclerc, à Bressuire. Devant le refus de la direction de voir des chariots de supermarché sortir du magasin, les manifestants ont bloqué  l’accès du parking de 13 heures à 16 heures. Au Carrefour Market, les choses se sont passées dans le calme.

Lundi dès 8 heures, deux remorques de pneus bloquaient l’accès à la laiterie de Riblaire qui a payé le lait d’avril 217 €. « A moins de 310 € on ne s’en sort pas », peste Gaetan Péridy, jeune éleveur de Saint-Varent. 

Les manifestants étaient soutenus par des producteurs de viande de la région. « On manifeste pour le lait, mais c’est dur aussi pour nous. La viande ne va pas beaucoup mieux », explique Thierry Bernier, de Luché. « On fait partie d’une filière, d’un environnement qui n’est pas porteur », justifie Etienne Devaud, responsable de la collecte de l’entreprise.

Devant cette « impasse totale », Christophe Limoges s’en prend aux GMS : « elles vont avoir du fil à retordre avec nous », prévient-il voulant rétablir quelques vérités sur les prix. 

« Le lait UHT sort d’usine à 0,45 €. Il est mis en rayon à 1 euro environ. » Mais il refuse aussi que les producteurs soient utilisés comme «  fusibles » pour équilibrer les comptes des laiteries. L’inquiétude des éleveurs et la forte mobilisation semblent lui donner raison.        

G.R.

        

 

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