Agri79 Informations 18 juin 2015 à 08h00 | Par G.R.

Les éleveurs de bovins demandent aux abattoirs de faire front commun contre les GMS

De dimanche soir à mercredi, des éleveurs de la région se relayaient nuit et jour pour bloquer l’abattoir Elivia à Bressuire, dans l’espoir que la réunion de la filière, le 17 juin débouche sur de réelles avancées sur le prix de la viande bovine.

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Les manifestants ont reçu le 15 juin, le soutien de deux parlementaires deux-sèvriens, Philippe Mouiller, sénateur, et Jean Grellier, député.
Les manifestants ont reçu le 15 juin, le soutien de deux parlementaires deux-sèvriens, Philippe Mouiller, sénateur, et Jean Grellier, député. - © N.C.

Jusqu’à soixante-dix manifestants lors de la mise en place du blocage de l’abattoir de Bressuire, dimanche soir. Avec tracteurs, remorques, fourches et bennes, déversant du fumier dans l’enceinte de l’établissement, ils ont installé un campement prévu pour trois jours. Des éleveurs de bovins venus des Deux-Sèvres, mais aussi des autres départements de la région, qui se sont relayés sur le site jusqu’à mercredi 17 juin, voire plus s’ils n’obtenaient pas satisfaction.
Ce jour-là une rencontre des principaux opérateurs de la filière était organisée pour la deuxième fois ce printemps par le ministre de l’agriculture. Ils doivent faire des propositions concrètes sur le prix de la viande bovine. Car depuis le 19 mai, aucune amélioration n’a été constatée.
En cette mi juin, si les éleveurs ont décidé de réagir, répondant à un appel de la Fnsea et des JA de Poitou-Charentes, c’est parce que les abattoirs « se moquent de nous. Ils se plaignent de rapports difficiles avec les GMS. Alors nous leur disons : venez vous battre avec les éleveurs. Il est hors de question que nous soyons toujours la variable d’ajustement », annonce Alain Chabauty, président de la section bovine régionale, qui a obtenu, lundi, le soutien du sénateur Philippe Mouiller et du député Jean Grellier venus à la rencontre des manifestants et les assurer de leur soutien.
En bloquant l’abattoir Elivia, du groupe Terrena, comme une quinzaine d’autres abattoirs en France, les éleveurs veulent obtenir des engagements « concrets et durables » pour mettre fin à une dégradation « sans précédent » de leur revenu. « En Deux-Sèvres, les producteurs de viande perdent 300 euros par animal. À raison de 30 à 40 animaux vendus par an, ça fait 12 000 euros de perte. Ca ne peut plus durer quand notre revenu moyen en 2014 a été de 14 500 euros. On demande seulement de vivre de notre travail », explique Thierry Bernier, président de la section bovine de la Fnsea 79. La situation n’est pas nouvelle. La baisse des cours a commencé en juin 2013 après un épisode de cours à 4,70 euros le kilo. « Aujourd’hui, ils sont à 3,76 - 3,80 euros le kilo de carcasse. Il nous faudrait 4,50 euros », ne cesse-t-il de clamer depuis des mois.
Pour les jeunes agriculteurs, la baisse des cours est particulièrement brutale sur les revenus. « On se pose la question d’arrêter l’engraissement », glisse Cyril Clisson, éleveur à Terves. Lui et son oncle font vêler 160 charolaises. « Faire du broutard serait plus rentable », a-t-il calculé, alors qu’avec les cours actuels et la hausse des coûts de production, il retrouve la version « la plus basse » de son étude d’installation en 2008. « 80 à 100 euros de marge par taurillon est à peine viable ». « Sans bouffée d’oxygène, l’engraissement est compromis sur l’exploitation, reprend-t-il, regrettant une perte de valeur ajoutée pour son exploitation. Mais aussi « pour le bocage et son économie », complète Xavier Deborde, son collègue jeune agriculteur.
Antony Clochard, à Geay, ne voit pas les choses autrement. En Gaec avec ses parents et un frère, ils élèvent 120 charolaises et achètent 200 veaux par an. Des veaux de huit jours qui en plus de ceux qui sont nés sur la ferme sont engraissés jusqu’à dix-huit mois. « Ils sont vendus 3,50 euros le kilo. Il nous faudrait 50 centimes de plus ».
Entre ceux qui s’inquiètent pour leur avenir et ceux qui ont arrêté l’élevage de bovins viande, d’autres ne s’installent pas faute de perspectives. « De 40 % de projets d’installation en viande bovine, on est passé à 20 % », explique Alain Chabauty. L’éleveur de Noirterre explique que cumuler contraintes d’élevage et rentabilité n’est pas possible : « Une production qui n’est pas rentable n’a pas d’avenir ». Or, poursuit-il, « 50 % des éleveurs sont à moins de cinq ans de la retraite ». Ce qui veut dire que « l’avenir des outils d’abattage, pour eux aussi, est compromis ».
Parmi les manifestants, se trouvaient aussi des céréaliers. « On est dans la même galère », disait l’un d’eux producteur dans la Vienne. « Le premier débouché de nos céréales c’est l’élevage, poursuit-il ». Pour les syndicalistes, la demande n’est pas en cause. « Le marché est porteur », analyse Alain Chabauty. Des perspectives se présentent sur l’Asie. Aux industriels « frileux sur ces marchés », il dit : « Il faut vous bouger sur l’export. Nos prix sont compétitifs, il est hors de question de laisser d’autres pays conquérir ces marchés ».

En bref

• Le 16 juin, Xavier Beulin a redit toute l’importance qu’il accordait à la réunion du 17 juin. Pour une levée du blocage des abattoirs, il a demandé la reconnaissance par les industriels et les GMS des difficultés économiques subies par les éleveurs : « Que chaque opérateur, abatteur, transformateur, distributeur, s'engage à une revalorisation des prix ».
Le président de la Fnsea a aussi abordé la nécessité d’un « travail structurel » au sein de la filière. « Cela suppose que la distribution sache ce qu’elle veut ! ». Enfin il a souligné au sujet de l’export que « les opérateurs français se font concurrence entre eux au lieu de créer des partenariats ».
• Un constat d’huissier sur le site de l’abattoir Elivia de Terrena, au Lion d’Angers a été effectué le 15 juin. Une action « regrettable » pour Mickaël Trichet président de la section bovine de la FRSEA des Pays de la Loire. Cet abattoir est un des quatre bloqués en Pays de la Loire, à côté de ceux de La Roche-sur-Yon et de La Chataigneraie, (Bigard - Charal Socopa) en Vendée, d’Elivia au Lion d’Angers, en Maine et Loire, et de l’abattoir de Cherré, en Sarthe, (Bigard - Charal Socopa également).

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