Agri79 Informations 23 juillet 2008 à 17h23 | Par AGRAPRESSE

Réchauffement climatique - Apprendre à gérer l’eau au plus juste

Avec le réchauffement climatique, la contrainte hydrique pèse et va peser de plus en plus sur l’agriculture. Les producteurs doivent s’adapter.

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Mieux gérer la ressource en eau, à travers des pratiques culturales ou un choix variétal plus adapté, devient absolument nécessaire pour en conserver l’accès.
Mieux gérer la ressource en eau, à travers des pratiques culturales ou un choix variétal plus adapté, devient absolument nécessaire pour en conserver l’accès. - © DR
Sur les 30 dernières années, « nous avons eu deux fois plus de sécheresse que dans les 60 ans qui précédaient », a indiqué Bernard Itier, directeur de recherche à l’Inra de Montpellier, à l’occasion d’un colloque sur les productions végétales et la sécheresse. Organisé dans le cadre des Carrefours de l’innovation agronomique de l’Inra, celui-ci s’est déroulé le 6 juin à Castanet-Tolosan. Son objectif : faire prendre conscience de l’enjeu « sécheresse » et des contraintes qu’il va faire peser sur l’agriculture du futur, notamment dans la moitié sud de la France, où les pluies estivales se sont réduites de 20 % en 30 ans. Les modèles climatiques établis par le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) laissent envisager une situation particulièrement difficile dans le sud-ouest de la France. À l'inverse du sud-est, la ressource en eau exogène y est faible et les nappes ne sont pas présentes partout, notamment en Poitou-Charentes. Gérer l’irrigation en fonction de l’origine de l’eau « Il faut se préparer demain à une situation de production sous contrainte hydrique en pluvial comme en irrigué », a prévenu Bernard Itier. Comment lutter ? Arrêter l’irrigation n’est pas la solution, car, dans un contexte où l’offre ne répond pas à la demande, produire davantage sur une surface moindre peut avoir un intérêt. Mais il va falloir apprendre à mieux gérer les conduites. Lorsque l’eau d’irrigation est issue d’une nappe qui exige d’être maintenue à un certain niveau, il est par exemple essentiel de travailler à la mise en place d’une rotation de cultures qui respecte le milieu. L’amélioration des pratiques n’a qu’un effet secondaire, alors qu’elle est essentielle lorsque l’eau provient d’une rivière où il faut respecter le débit d’étiage. Des modèles pour guider le conseil Les outils de modélisation, qui peuvent aider à mieux comprendre les interactions entre l’eau et la plante ainsi que l’impact des pratiques agricoles sur la gestion de la ressource, vont aider l’agriculteur dans ses choix, de façon directe ou indirecte. Dans le cas du tournesol, la création par l’Inra d’un modèle spécifique destiné à adapter le choix variétal a permis d’améliorer la précision du conseil agricole qui manquait de données sur ce sujet, a indiqué Philippe Debaeke, de l’Inra de Toulouse. Ce modèle montre par exemple que, dans le centre ou dans le nord de la France, mieux vaut choisir sa variété en fonction des critères de production potentielle sous réserve de bon contrôle des maladies, tandis qu’en Méditerranée, la variété devra avant tout être capable d’esquiver la sécheresse tout en supportant le rationnement en eau. Le rendement potentiel ne sera donc pas le principal critère de choix. Avancer les dates de semis en tournesol Les chercheurs s’attellent également à améliorer la génétique des variétés, afin qu’elles soient mieux adaptées. Dans le projet « Tournesol 2010 », les scientifiques travaillent notamment à l’avancement des dates de semis. Comme l’a expliqué Philippe Grieu, chercheur à l’Inra de Toulouse, semer le tournesol avec un à deux mois d’avance, soit en février-mars plutôt qu’en avril-mai, permettrait à la fois d’augmenter la durée du cycle végétatif, donc l’accumulation de biomasse, tout en évitant un déficit hydrique lors de la floraison, période critique du développement. Mais cela implique d’avoir une variété tolérante au froid, voire résistante au gel. Plusieurs pistes sont explorées, mais pour le moment, les travaux de recherche n’ont pas abouti. Attention aux transferts de gènes Les chercheurs misent également beaucoup sur le développement du sorgho… à condition que la productivité de cette plante progresse. L’une des pistes consisterait à travailler sur la « valorisation du photopériodisme », selon Claude Welcker, de l’Inra de Montpellier. Car ce sont des variétés tropicales, habituées à une photopériode de douze heures, qui ont permis d’élaborer les variétés européennes, soumises elles à une photopériode non constante. Selon le chercheur montpelliérain, le séquençage complet du génome du sorgho, terminé fin 2007, pourrait permettre un bond en avant en matière de sélection. Que ce soit en maïs ou en sorgho, Claude Welcker rappelle toutefois qu’il faut considérer avec grande prudence les expériences de transferts de gène qui semblent permettre l’amélioration du comportement des plantes soumises à un déficit hydrique. « Ces expériences sont le plus souvent réalisées dans des conditions éloignées de celles subies par les plantes en champ et elles n’ont débouché sur aucune variété commerciale jusqu’à présent », signale-t-il dans une note diffusée à l’occasion du colloque. Agrapresse V.N.
« Réfléchir dès maintenant à d’autres moyens de stoker l’eau » Pierre Trouvat estime qu’il faut explorer d’autres pistes pour constituer des réserves d’eau. La génétique ne fera pas tout. Si la tendance à la diminution des pluies estivales doit se confirmer, alors, « oui il y a aura besoin de plus d’eau pour l’agriculture », assure Pierre Trouvat, membre de la chambre d’agriculture. Ce qui n’est pas le cas pour l’eau potable, en Deux-Sèvres en tout cas. Selon Cyril Barbarit, directeur de la CAEDS, la sensibilisation de la population à moins gaspiller a eu pour conséquence de faire baisser la consommation de 5 % à 10 %. Pourtant fait remarquer Pierre Trouvat, le maïs a besoin de moins d’eau que le blé (1). Mais face à une demande alimentaire mondiale qui ne peut que croître, « il faut réfléchir dès maintenant » à trouver de l’eau et en particulier, à stocker celle qui tombe en hiver avant qu’elle n’aille finir sa course à la mer. Si le conseil général ne veut pas financer d’autres retenues que celles de la Boutonne, « il faudra trouver d’autres partenaires ». « Pourquoi pas les organismes économiques qui ont investi dans la filière Diester ? demande-t-il. La sécurité de leurs approvisionnements en dépend ». Il estime que « l’on doit avoir les capacités techniques et financières de répondre à nos besoins de production, faute de quoi, d’autres les auront à notre place ». Dans le domaine technique, la génétique va selon lui, continuer à jouer, un rôle déterminant : « depuis cinquante ans, on a gagné un quintal de blé par an. Il n’y a pas de raison qu’on n’en fasse pas autant pour limiter les besoins en eau des plantes ». Il fait remarquer que quand sol profond, soleil et eau sont réunis, on arrive à des rendements en maïs de 180 quintaux. « Seules limites : l’eau en été, les terrains nus en hiver et l’accès aux intrants ». « On est encore dans un discours de non-production. C’est fini. Regardons, comment évoluent les cours des céréales », insiste-t-il, avant de dénoncer « une logique environnementale », - qu’il ne veut pas négliger -, mais « que l’on a tort de mettre systématiquement au premier rang des préoccupations ». Le débat sur l’extension des zones de protection des captages semble lui donner raison. « On veut réduire la production et la valeur ajoutée dans le département », dénonce-t-il. « Ceux qui ne voudraient voir que de l’élevage dans le département, se trompent, car ils ne prennent pas en compte des besoins en eau bien supérieurs à ceux qui sont nécessaires pour produire des protéines végétales ». Le débat est loin d’être clos. D’autant que les orientations des SDAGE, selon Pierre Trouvat « sont toutes basées sur une diminution de la production agricole. Il faut que les maires, qui ont leur mot à dire sur ces dossiers, en soient conscients », leur fait-il savoir. Guy du Repaire (1) 238 litres/kg pour le maïs ensilage, 454 litres pour le maïs grain, 590 litres pour le blé et 524 litres pour l’orge, d’après le CNRS

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