Agri79 Informations 10 novembre 2010 à 16h04 | Par C.P.

Sanitaire - Quand les animaux toussent, l’économie de l’exploitation s’enrhume

L’hiver passé, le Gaec La Jolinière enregistrait 13 % de mortalité liés au passage de la grippe dans l’élevage. Cet été, François et Christophe Mimault ont modifié l’aération de leur bâtiment. L’hiver 2010 ne peut pas ressembler à l’hiver 2009.

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François et Christophe appliquent un nouveau protocole de vaccination pour les veaux.
François et Christophe appliquent un nouveau protocole de vaccination pour les veaux. - © DR

Les semis sont terminés. Les vêlages commencent. L’automne s’installe faisant frissonner François et Christophe Mimault. Eleveurs à l’Absie, les associés du Gaec La Jolinière redoutent par expérience la saison hivernale. L’année passée, les bêtes se sont enrhumées. Quelques mois plus tard, l’édition du bilan comptable déclenchait chez les chefs d’entreprise quelques sévères quintes de toux. « De la mi-décembre, jusqu’à la mise à l’herbe au printemps, nous avons subi des pertes. 13 veaux âgés de 2 à 5 mois sont morts », résume François et cela malgré des traitements plus importants que d’habitude.

Dès le début de l’hiver, les analyses confirmaient le diagnostic posé par les vétérinaires à l’observation des symptômes. Le virus respiratoire syncytial (RSV) s’est installé dans l’élevage contaminant les jeunes animaux dépourvus d’immunité. « Chaque année, reconnaissent les éleveurs, nous déplorons des cas de grippe (*). » L’hiver 2009-2010 restera, les frères Mimault le souhaitent en tout cas, une année à part. « Nous avons subi. 90% des veaux nés sur l’exploitation ont été soignés contre le RSV. » Certains ont succombé au premier passage du virus. « Au bout de dix jours, les premiers symptômes s’exprimaient. » Un second passage du virus trois semaines à un mois plus tard a emporté les plus faibles de ceux qui avaient résisté à la première vague. 

Pour protéger le cheptel, comme chaque année, François et Christophe ont usé de la vaccination. Rispoval intranasal à trois semaines puis une injection trois semaines plus tard (une troisième en deux injections a été réalisée  cet automne) n’auront pas suffi pour de nombreux sujets. « Cet automne, nous constatons des retards de croissance que nous affectons  à l’épisode de grippe de l’hiver dernier. » 

 

Une note salée

Ce contre temps sanitaire aura coûté cher au Gaec. « 2000 euros de frais vétérinaires de plus que d’habitude, 13 veaux morts et les effets induits sur les animaux qui ont résisté. » La note est salée. 

Dans l’espoir de connaître une saison 2010-2011 meilleure, François et Christophe ont œuvré tout l’été. « Il y a des facteurs à risque que l’on ne peut pas modifier », affirment-ils. La saison des mises bas est immuable compte tenu de la structure de l’exploitation, selon les associés. Les introductions d’animaux sont inévitables dans cet atelier naisseur engraisseur. C’est donc le bâtiment dans lequel les naissances ont lieu et son aération que les exploitants ont modifiés. « Nous avons corrigé les probables erreurs réalisées au printemps 2009 », sourit François, un brin philosophe. Pour améliorer la circulation de l’air dans le bâtiment « casquette », les éleveurs réalisaient il y a un peu plus d’un an des ouvertures en écailles sur le pan nord de la toiture. « Nous avons réglé notre problème de condensation au plafond, mais à quel prix ? » 

Un pare-vent bloque désormais l’entrée d’air par la casquette. « Celle-ci a une fonction de cheminée. Elle permet exclusivement à l’air vicié de s’échapper. » Un mètre de bardage en bois a été rajouté sur l’ouverture latérale exposée au sud. « Maintenant, on espère que ces modifications seront efficaces. » 

Par sécurité, le protocole de la vaccination des veaux a été modifié. Pour déclencher la mise en place rapide de l’immunité, Rispoval intranasal sera administré à 9 jours au lieu de 21. Le vaccin sera réalisé à 3 mois pour la première injection suivie un mois plus tard de la deuxième injection. Le troisième rappel aura lieu à l’automne prochain. Et puis avec un peu de chance, l’hiver qui arrive sera moins rude que le précédent.        

 

(*) Grippe est le mot couramment utilisé. « Pourtant, le RSV est une maladie respiratoire différente de la grippe », précise Sébastien Assié, épidémiologiste. L’agent pathogène de la grippe est l’influenza qui ne s’exprime pas chez les bovins. 


« Dans 58 % des cas le protocole de vaccination n’est pas respecté »

Sébastien Assié est maître de conférence à Oniris (école vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation) à Nantes. Epidémiologiste, il travaille notamment sur les maladies respiratoires des veaux. Samedi 6 novembre, il intervenait à Bressuire dans le cadre des Conviviales. Invité par la chambre d’agriculture des Deux-sèvres et le groupement technique vétérinaire, il a mis en alerte les éleveurs contre les pratiques vaccinales. « Le vaccin est une assurance », juge l’expert. Il fait partie des moyens proposés aux éleveurs pour protéger leur cheptel des maladies respiratoires.  

« Ce n’est pas un produit miracle. C’est un produit fragile. Pour maximiser son efficacité, il faut l’administrer correctement, dans le respect des règles précisées par l’autorisation de mise sur le marché. Or, dans 58 % des cas le protocole n’est pas respecté. » 

Plus que la question de l’efficacité du vaccin, Sébastien Assié pose les questions de la qualité de la réalisation de l’injection et des raisons qui mènent l’exploitant à investir dans cette protection. « Avant toute décision, il est pertinent de s’interroger sur la présence ou non de facteurs à risques dans l’élevage. » La vaccination coûte cher. Chaque chef d’entreprise, selon l’exposition de ses animaux, jugera de la nécessité ou non d’investir. 

Un gros cheptel dans lequel l’introduction d’animaux est régulière et qui de surcroît mélange les tranches d’âge est un cheptel dont les pratiques sont à risque. « Le RSV se transmet par contact physique, par aérosol et/ou par des tiers qui en passant d’une case à l’autre ou d’un élevage à l’autre, véhiculent le virus. » Outre les facteurs à risque, il y a des facteurs aggravants. « Pour limiter la gravité de la maladie, il est essentiel de veiller sur la santé générale des veaux, a l’ambiance dans les bâtiments et à la bonne gestion sanitaire des mères. » 

Dans le cadre de ses recherches, Sébastien Assié a évalué l’impact économique des troubles respiratoires pour une exploitation. « On arrive à la conclusion qu’une exploitation sur huit perd 10% de son revenu à cause du RSV. »


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