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8-Mai 1945
1939-1945 : André Guérin se souvient

Durant la Seconde Guerre mondiale, André Guérin a été prisonnier en Allemagne. En ce 8 mai 2009, les souvenirs sont toujours aussi précis.

« La Seconde Guerre mondiale, on en parle le moins possible», souligne André aux côtés d’Edmée.
« La Seconde Guerre mondiale, on en parle le moins possible», souligne André aux côtés d’Edmée.
© DR

 

«Mon âge, je ne m’en rappelle plus. » La taquinerie d’André, bientôt 95 ans, est un pied de nez aux outrages du temps et à son lot de souvenirs difficiles. Cet agriculteur de Vaumoreau avait seulement 25 ans en 1939 quand une convocation vient l’arracher à sa famille : « Après le dîner, mon père m’a emmené à la gare. J’étais mobilisé à Tours, je suis parti rejoindre mon régiment en tant que mécanicien-dépanneur de chars d’assaut ». André Guérin reste un mois à Tours puis est dirigé sur la Ligne Maginot, en Moselle. Commence alors l’épopée d’un homme que ni les balles, ni les obus, n’égratigneront. « Une destinée », comme dit Edmée, sa petite femme au visage souriant.

« Nous avions pris position dans la forêt de charmes à Epinal, on a tué une vache en se disant qu’on mangerait de la viande mais les Allemands étaient à cinquante mètres de nous. On n’a jamais mangé cette vache, elle doit toujours être là-bas ! », plaisante-t-il. Et de poursuivre : « J’ai pris ma boîte à outils sur l’épaule et je suis parti à pied rejoindre le char à dépanner. C’était en pleine journée, les Allemands m’épiaient pour voir où j’allais et quand ils ont commencé à tirer, j’ai eu juste le temps de sauter dans le fossé ». André aurait pu être le premier tué de la compagnie mais la vie a eu le dessus. L’homme, accompagné d’ « un copain » comme il dit, s’est enfui. Avec toujours dans la tête, l’objectif de manger. Deux jours que son estomac brassait de l’air. « On a aperçu un cerisier, on s’est précipités pour manger les cerises et là, un avion s’est mis à nous mitrailler. On s’est couchés à terre, feignant d’être morts et l’avion s’en est allé. » André et son copain s’enfoncent alors dans la forêt la plus proche et là, ils sont tenus en joug par des officiers français. « Quand ils ont compris qu’on était des Français, ils nous ont donné des fusils nous sommant de combattre à leurs côtés . » L’homme s’éloigne alors un instant pour soulager sa vessie et deuxième esquive de maître, il s’enfuit de nouveau, toujours avec son acolyte. Tous deux, ils vont marcher et encore marcher. Le souvenir d’œufs au plat dévorés dans une ferme qui se trouvait sur leur chemin est encore très présent. Mais André sera fait prisonnier, dès le début de la guerre, lors de l’été 40.

Le départ vers l’Allemagne

« On nous a bourrés dans des wagons à bestiaux et on est partis. » Les Allemands demandent alors des volontaires pour aller travailler dans les fermes. « Tout le monde a levé les bras même les coiffeurs parisiens qui n’avaient jamais vu une vache de leur vie ! La faim fait tout faire ! » André est choisi par un patron qui sera épaté par la facilité avec laquelle il manie la faux. « Si sa jument mordait, lui avait bon cœur. Quand je l’ai quitté, il m’a donné une demi-boule de pain et un saucisson. » Il partira alors au bagne et là, il en « bavera » avant de retourner de nouveau dans une ferme où il sera mieux traité durant trois années. « Dans cette famille, il y avait un vieux célibataire qui était vraiment gentil, il refusait même de faire le salut hitlérien. »

« Paris brisé mais Paris libéré ! »

 Le 25 août 1944, aux premières heures de la Libération, le général de Gaulle prononce son fameux « Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré ! » Les Alliées progressent, Hitler se donne la mort le 30 avril 1945 et l’armistice qui met fin à la guerre en Europe est proclamé le 8 mai 1945. Edmée se souvient : « Quand j’ai appris que la France était libérée, j’étais à la foire de Niort mais nous ne savions pas que la guerre était terminée. Nous l’avons appris le 7 mai 1945 par la radio et les journaux. Tout le monde était soulagé ». 

André, de son côté, sera fait prisonnier par les Américains dont il se souvient bien, mâchant leur chewing-gum. « Un Américain qui parlait français m’a dit que j’étais libre ! »  Libéré le 1er avril 1945, il n’arrivera à Vaumoreau que le 16. « Mon père était toujours vivant ! », s’exclame-t-il , les larmes au bord des yeux. 

Et pour André, le 8-Mai 1945 est une date à ne jamais oublier : « On a quand même risqué notre peau ». Et Edmée de renchérir : « Il faut que les jeunes sachent ; l’existence des camps de concentration, il faut que ça se sache ! Quand la guerre a été déclarée, nous avions 18 ans et nous étions si heureux. » Mais si la douleur est encore vive, les années ont apaisé les relations entre les peuples et Edmée salue d’ailleurs la présence de l’Allemagne, depuis 2005, pour la commémoration de l’armistice : « On ne peut pas être ennemis entre pays limitrophes ». Les enfants d’André se sont même rendus en Allemagne où ils ont été hébergés une semaine par l’un des anciens patrons d’André. « Après la guerre, ce patron m’avait écrit, je lui ai répondu. » Si André revit la guerre parfois dans son sommeil, il dit en parler le moins possible et glisse avec malice : « Et mon char, je suis sûr que je saurais encore le faire marcher ! ». Et à Edmée, son ancienne voisine qu’il a épousée en 1946, d’ironiser : « Tu peux déjà plus monter sur ton tracteur ! »

 

 

 

L’envolée de la productivité

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les agriculteurs ont souffert d’une image négative, qualifiés de profiteurs par le reste de la population. «  Les denrées alimentaires étaient devenues rares, souligne Roger Le Guen, sociologue à l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers. Le prix des aliments s’envolait et le marché noir se développait. Et pour beaucoup de citadins, la campagne semblait être une zone épargnée. » Pourtant la réalité est bien différente, comme le reste de la population, les agriculteurs mangent du pain noir, sont privés de café, leur production est réquisitionnée par les Allemands… « Mais 39-45 est une période de discussion, on s’organise, on réfléchit…» Et en cette période de Guerre froide, les agriculteurs vont chercher une troisième voie : celle du mouvement « coopérativiste ». Si les coopératives existaient déjà avant la Seconde Guerre mondiale, elles vont se multiplier de plus belle après. Les Cuma, les Gaec et les groupements de producteurs vont se développer.

L’intégration

Contrairement au monde ouvrier en rébellion qui a bénéficié des avancées du Front populaire, les agriculteurs opèrent une révolution silencieuse selon Michel Debatisse, ancien secrétaire d’Etat  et président de la FNSEA dans les années 70. Ils souhaitent s’intégrer et sont « politiquement discrets » selon Roger Le Guen. De plus, la France a besoin de ses agriculteurs car le pays a faim et a traversé les temps difficiles de la Première Guerre mondiale, la crise de 29 et la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs les colonies d’Asie et d’Afrique du nord demandant l’indépendance, l’Hexagone a conscience qu’il faut reprendre la possibilité de s’auto-alimenter. Si la part de la population travaillant dans le secteur primaire diminue fortement, la productivité du travail en agriculture augmente de 2% par an dans les années 50. C’est le temps des Trente Glorieuses et de la modernisation de l’agriculture aidée par le plan Marshall. « Dans les années 50, naît l’idée de l’exploitation-entreprise. Une génération d’agriculteurs propriétaires de leur capital et travaillant sur leurs propres terres voit le jour. Et s’il fallait dans les années 40 un agriculteur pour nourrir deux personnes, au fil des ans les rendements augmentent jusqu’à atteindre le ratio d’un agriculteur pour nourrir 50 personnes », conclut le sociologue.                 


 

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