Agri79 Informations 12 décembre 2019 à 11h00 | Par Carole Mistral

La « punaise des céréales », un insecte difficile à cerner

Apparu il y a dix ans en Poitou-Charentes, l’insecte reste méconnu. Présent en forte densité dans les parcelles et difficilement identifiable du fait de sa petite taille, il peut provoquer d’importants dégâts mais peu de solutions de lutte émergent.

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Présentes en masse sur les parcelles et incapables de se déplacer avant le cinquième stade larvaire, les « punaises des céréales » se repaissent des feuilles et des tiges, provoquant d’importants dégâts. Leur activité s’étend de plus en plus au nord sous l’effet probable du réchauffement climatique.
Présentes en masse sur les parcelles et incapables de se déplacer avant le cinquième stade larvaire, les « punaises des céréales » se repaissent des feuilles et des tiges, provoquant d’importants dégâts. Leur activité s’étend de plus en plus au nord sous l’effet probable du réchauffement climatique. - © H.Brunet

Pour en savoir un peu plus sur la « punaise des céréales », il faut se tourner vers une partie du monde plus exotique. En effet, c’est en Iran et en Turquie que la plupart des quelques informations disponibles ont été produites. Cette année, un groupe de chercheurs italiens a recensé les articles existants sur celui que l’on appelle communément « punaise des céréales » : le nysius cymoides. Seules cinq parutions ont été trouvées, dont trois écrites cette année.
Une pauvreté qui entoure d’un flou l’activité de l’insecte, détecté pour la première fois en Poitou-Charentes en 2009 et qui a fait l’objet de signalements en 2016 et surtout en 2019. L’insecte s’établit dans la région et remonte progressivement vers le Maine-et-Loire et l’Indre-et-Loire, touchés pour la première fois cette année (voir la carte ci-dessous).

Entre 1 et 3 mm de long
Tout d’abord, à l’occasion des rencontres techniques régionales de Terres Inovia, jeudi 28 novembre à Vouillé, Jean-David Chapelin-Viscardi, responsable du laboratoire d’éco-entomologie d’Orléans, a tenu à apporter quelques éléments d’explications. « L’insecte n’est pas présent que sur les céréales, comme son nom peut le laisser penser. Il s’alimente également de graminées et d’adventices et les signalements les plus importants ont lieu de mi-août à mi-octobre, dans des parcelles de colza ou de repousse de colza, une espèce tendre au moment de la pullulation, avant l’hivernage. C’est une espèce ubiquiste, c’est-à-dire qu’elle est présente dans une gamme très large de biotopes. Seize espèces botaniques ont ainsi été recensées comme leur source de nourriture », indique l’expert.

Se caractérisant par une présence massive, la punaise est incapable de voler avant le stade adulte, ce qui provoque une présence relativement longue sur les parcelles. De plus, elle est difficilement détectable du fait de sa petite taille, entre 1 et 3 mm de long, et ne peut être identifiée comme tel qu’au stade adulte car « les caractéristiques de son identité se situent dans l’abdomen, qui est suffisamment développé au cinquième stade larvaire. Il est alors facile de la confondre avec les sept autres espèces de punaises de ce genre en France ».
En groupe, les punaises vont alors s’attaquer aux plantes par piqûres sur les feuilles et les tiges et « dessécher » les végétaux.

Recherche des moyens de lutte
Pour les chercheurs, la cause de ces pullulations est très probablement d’ordre climatique. En effet, les sécheresses répétées sont favorables à cette espèce thermophile et induisent un besoin de s’alimenter en végétaux tendres. « De plus, on ne connaît pas les facteurs aggravants, sur les parcelles adjacentes notamment, souvent déchaumées ou labourées », alerte le chercheur orléanais.
En 2016, Terres Inovia avait mené un essai d’opportunité pour mieux comprendre l’impact de l’insecte, mais trop tard dans la saison pour dégager des pistes. « Le meilleur moyen de lutte est l’eau mais il nous faudrait refaire des essais au début de leur présence pour affiner nos connaissances », relate Élodie Tourton, ingénieure à l’institut technique. « Réduire la densité de ce nuisible est le point clé », complète Jean-David Chapelin-Viscardi. La recherche sur le nysius cymoides ne fait que commencer.

L’insecte s’établit dans la région et remonte progressivement vers le Maine-et-Loire et l’Indre-et-Loire, touchés pour la première fois cette année.
L’insecte s’établit dans la région et remonte progressivement vers le Maine-et-Loire et l’Indre-et-Loire, touchés pour la première fois cette année. - © J.Leroy LEE

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