Agri79 Informations 16 janvier 2020 à 15h00 | Par Chloé Poitau

Les couverts végétaux au service du troupeau

Économie de fourrage, bonne santé des animaux : la technique des couverts végétaux, pilier de l’agriculture de conservation des sols (ACS), offre de multiples avantages pour l’élevage.

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Mathieu Clochard a identifié deux conditions principales de réussite : des mélanges d’une dizaine d’espèces et un délai de semis après moisson le plus court possible, idéalement entre 24 
et 48 heures.
Mathieu Clochard a identifié deux conditions principales de réussite : des mélanges d’une dizaine d’espèces et un délai de semis après moisson le plus court possible, idéalement entre 24 et 48 heures. - © Chloé Poitau

L’agriculture de conservation des sols (ACS), Mathieu Clochard s’y est mis progressivement. Après un automne 2012 pluvieux, l’éleveur de brebis et de vaches allaitantes décide d’arrêter le labour pour limiter l’érosion. Deux ans plus tôt, il avait débuté les couverts d’été pour faire pâturer ses bêtes, sous le regard incrédule de ses parents, en Gaec avec lui.

À force de tests, de ratages et d’observation, Mathieu note deux conditions principales de réussite : des mélanges d’une dizaine d’espèces au total (radis, vesces, tournesols, navets…) afin qu’un maximum d’espèces puissent se développer, et un délai de semis après moisson le plus court possible, avec le moins de perturbation du sol, afin d’éviter l’assèchement de l’humidité résiduelle. « Idéalement, le semis doit être réalisé dans les 24 h après récolte (48 h maximum), puis tout s’enchaîne dans une ambiance marathon : le rouleau pour favoriser le contact terre/graines et l’épandage de fumier dans la semaine afin de ne jamais laisser le sol nu. Le fumier crée un film qui protège et nourrit la vie du sol (vers de terre, mycorhizes, bactéries…) tout en fertilisant le couvert et les cultures suivantes, puis le couvert se développe et crée un micro-climat au sein de la parcelle. La terre est de fait moins chaude sous le couvert qu’une terre nue, voire déchaumée.

Les atouts du pâturage

Outre des bénéfices pour le sol (meilleure structure, drainage et rétention de l’eau, concurrence aux adventices…), l’ACS permet aux animaux du Gaec de s’alimenter en vert beaucoup plus loin dans l’année. « De mi-septembre à mi-novembre, nous faisons pâturer les couverts de manière dynamique, c’est-à-dire en faisant des paddocks de 25 ares où les 100-150 brebis sont laissées pendant 24 h à 48 h, suivant la biomasse. Cette rotation permet d’orienter les brebis sur la parcelle de façon à optimiser la fertilité du sol et permet aussi de faire consommer tout le couvert par les ruminants, y compris bovins, sans triage des espèces, explique Mathieu. Autre atout : la diminution du rapport massique carbone/azote (C/N), grâce à la prédigestion du couvert par les animaux, qui évite les faims d’azote sur la culture suivante ».

S’appuyant sur des études du Ciirpo, l’éleveur liste aussi les points forts pour les bêtes : leur note d’état corporel augmente, leur taux de reproduction également (près de 80 % de brebis pleines sur un cycle de chaleur) ainsi que le nombre de petits par mère. Les parasites et maladies sont aussi limités, du fait que les parcelles ne sont pas souvent pâturées (96 % des brebis ne présentent pas de boiteries à la sortie des couverts), les ravageurs et maladies sont éloignés de la culture par le piétinement des animaux. « Le coût d’un couvert d’été se situe entre 100 et 110 euros, semis compris, et le retour sur investissement se situe lorsqu’il produit entre 1 t et 1,2 t de matière sèche, estime l’éleveur tervais. L’économie de fourrage et les performances du troupeau (un gain d’environ 0,1 à 0,2 de productivité par brebis selon l’éleveur) aident à avoir ce seuil de rentabilité assez bas ».

Se passer de l’ensilage

Formé à l’ACS grâce au groupe GIEE Sol Vivant et à des communautés whatsapp dédiées, Mathieu fait partie des 4 % d’agriculteurs français convaincus par la démarche. « J’y passe du temps mais je suis gagnant. 2019, par exemple, n’a pas été une année très bonne en termes de couverts d’été, mais nous avons dégagé deux à trois tonnes de matière sèche. Pas besoin de fourrage pendant six semaines, c’est une belle économie de réalisée. Pas de travail du sol non plus, donc nous diminuons les coûts de mécanisation. Nous limitons également l’utilisation de chimie, même si je ne peux pas m’en passer complètement ».

L’année dernière, l’agriculteur a témoigné de son expérience auprès des adhérents de sa coopérative et les a invités à essayer aussi les couverts d’hiver (triticale, seigle, pois, vesces, féveroles, trèfles annuels…), semés fin septembre et récoltés au printemps. Pour le moment, ce méteil est récolté en ensilage. À terme, il sera pâturé fin d’hiver/début de printemps par les agneaux et brebis afin de préserver la structure du sol et de faire profiter les cultures de printemps des bienfaits du pâturage.

Avec son frère, qui rejoint le Gaec cette année, Mathieu envisage de tester les couverts relais, une technique suisse qui consiste à planter deux catégories de plantes dans le couvert en un seul semis afin d’avoir des espèces capables de continuer leur croissance pendant la saison hivernale suite au pâturage d’automne. « L’essai de cette année a déjà été pâturé deux fois (mi-octobre et mi-novembre), et le couvert devrait repartir », témoigne l’éleveur. Affaire à suivre !

Zoom sur le Gaec des Jards

Activité familiale située à Terves, près de Bressuire, le Gaec Les Jards abrite 500 brebis croisées rouges de l’Ouest - vendéen, 75 charolaises allaitantes (transition du troupeau en limousines) et trois poulaillers label poulets de chair de 4 400 têtes chacun sur une SAU de 150 ha, dont 62 de prairies naturelles. L’exploitation pratique l’ACS depuis six ans ; les couverts végétaux et leur pâturage depuis huit ans. 12 000 ont été investis pour l’achat d’un semoir direct John Deere 750A de 3 m (+4 000 de remise en état). Un second semoir de 6 m vient d’être acquis en commun avec deux voisins, pour plus d’efficacité dans les semis des couverts d’été. Les objectifs pour les années à venir ? Extensifier encore le système, en misant sur la production à long terme des sols avec peu d’intrants chimiques, et développer la vente directe (quatre vaches et une quinzaine d’agneaux vendus à la ferme depuis juillet).


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