Agri79 Informations 28 octobre 2019 à 07h00 | Par Carole Mistral

Les Deux-Sèvres en pointe sur la culture de la truffe

Depuis le début des années 2010, des tests sont réalisés en Deux-Sèvres pour permettre une meilleure production via la méthode du réensemencement. Aujourd’hui, les truffes noires issues de cette technique représentent la moitié des ventes sur les marchés picto-charentais

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Il y a de plus en plus de truffières en production en Poitou-Charentes. Ici, sur une parcelle du sud des Deux-Sèvres, la méthode de réensemencement est mise en place pour accroître la production.
Il y a de plus en plus de truffières en production en Poitou-Charentes. Ici, sur une parcelle du sud des Deux-Sèvres, la méthode de réensemencement est mise en place pour accroître la production. - © Lucien Bonneau

On a souvent tendance à associer la truffe au Périgord ou à la Provence. Pour cause, le provençal Joseph Talon est considéré comme le père de la trufficulture moderne, au début du XIXe siècle. Pourtant, quelques décennies avant lui, aux alentours de 1790, un Poitevin, Pierre Mauléon, avait déjà eu l’idée de semer des glands issus de chênes pour produire des truffes. C’est lui qui, sur ses terres de groies situées dans le nord de la Vienne et des Deux-Sèvres, avait compris la symbiose entre le chêne et la truffe et tous les bienfaits qui en découlent.

« Malgré cette connaissance, le Poitou-Charentes a failli perdre son potentiel truffier au cours du XXe siècle », atteste Jean-Marc Olivier, responsable de programme de recherches sur les truffes à l’Inra depuis 1984, lors d’une conférence organisée au lycée Jacques Bujault de Melle le 10 octobre dans le cadre de la fête des champignons.

700 trufficulteurs picto-charentais

Cependant, depuis une trentaine d’années, cette culture revient en Poitou-Charentes. On y compte aujourd’hui 700 trufficulteurs, dont 500 professionnels, en raison des avancées techniques, mais aussi car « certaines personnes pensent que les truffes, c’est comme le loto. En jouant, on peut gagner gros », déplore Jean-Marc Olivier.

Pourtant, il ne suffit pas de planter pour espérer récolter la truffe noire six à neuf mois après. La France commercialise entre 40 et 60 tonnes par an (3 à 4 en Poitou-Charentes). « D’une année sur l’autre, la récolte est très variable. Elle dépend du climat, du travail du sol, de la taille des arbres mais aussi de l’apport de spores, une technique récente développée d’abord en Deux-Sèvres ».

Une sexualité méconnue

Au début des années 2000, lorsque les experts se penchent sur le développement d’une nouvelle technique, il demeure encore une immensité d’incertitudes sur cette culture, notamment au niveau de sa sexualité. « Un point semble établi : les mycorhizes seraient hermaphrodites. Le comportement des structures mâles et femelles est alors hypothétique », présente François le Tacon, directeur de recherche émérite à l’Inra de Lorraine, qui étudie depuis quarante-cinq ans les mycorhizes des arbres forestiers. De ce fait, l’ensemencement régulier des truffières, dès leur création, augmente les chances de reproduction sexuée, et donc de production.

Expérimentation en deux-sèvres

C’est ainsi qu’une équipe de trufficulteurs, de scientifiques et d’amateurs ont mené des expérimentations, confidentielles au départ, sur des parcelles deux-sévriennes pour confirmer ou non la validité de cette pratique. La première récolte a eu lieu en novembre 2011 et depuis, le succès ne se dément pas. « Suite à des sondages que nous avons faits aux marchés aux truffes de Jarnac et Saint-Jean-d’Angély, nous nous sommes aperçus que 50 % de la production provient de ces espaces réensemencés, alors qu’ils représentent seulement 5 % de la surface des brûlés (*) », explique Lucien Bonneau, trufficulteur et agrégé hors classe de génie mécanique.

En 2019, l’association des trufficulteurs, pour améliorer la technique, testera la couverture des plots de réensemencement par du gravier calcaire pour les protéger des prédateurs et des intempéries, ce qui évitera le tassement de la terre. Pionnier dans l’implantation de la truffe, les Deux-Sévriens veulent aussi l’être dans le développement des techniques de production.


(*) Le brûlé est une surface d’herbes ou de mousses desséchées laissant le sol nu par endroits et formant un cercle plus ou moins régulier sous un arbre. C’est un indicateur qu’il existe une probabilité de trouver des truffes à cet endroit.

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