Agri79 Informations 02 janvier 2020 à 14h00 | Par Christelle Picaud

Pas de business autour de l’agriculture sans exploitations viables

Pour cette année 2020, c’est un environnement économique et politique mobilisé au profit de la réussite des exploitants que souhaitent Shayna Darak, président de JA 79, et Alain Chabauty, président de la Fnsea 79, à chacun des agriculteurs.

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Alain Chabauty (à gauche) ne se représentera pas à la tête de la Fnsea 79 et souhaite s’engager au niveau national. Shayna Darak se représente au poste d’administrateur. Pour la présidence qu’il aimerait céder, il s’en remet à la capacité du groupe à trouver un leader.
Alain Chabauty (à gauche) ne se représentera pas à la tête de la Fnsea 79 et souhaite s’engager au niveau national. Shayna Darak se représente au poste d’administrateur. Pour la présidence qu’il aimerait céder, il s’en remet à la capacité du groupe à trouver un leader. - © Christelle Picaud

Que souhaitez-vous l’un et l’autre à l’agriculture deux-sévrienne ?

S.D et A.C : Que toutes les structures qui travaillent autour de l’agriculture — toutes celles qui transforment les produits agricoles et les commercialisent, toutes celles qui fournissent aux agriculteurs les intrants, toutes les structures qui vendent du conseil ou qui accompagnent le développement économique (banques, assurances…) — prennent conscience que leur réussite est dépendante de celle des agriculteurs. Sans agriculteur, il n’y a pas d’économie agricole. Sans agriculteur, il n’y a pas non plus de paysage entretenu, pas non plus de dynamique économique dans les campagnes. Nous souhaitons donc, pour l’ensemble du monde rural, qu’une réelle prise de conscience ait lieu. Tout le monde doit se mobiliser pour que les agriculteurs vivent de leur métier. Cet enjeu est d’ailleurs celui du PAD signé lors de la session de la chambre d’agriculture, le 6 décembre. Nous souhaitons que l’engagement soit total.

Vous évoquez le PAD, né pour redynamiser l’économie agricole après la réforme des ZDS. Alors que vos deux mandats se terminent, que dire du résultat de ce dossier ?

A.C : Il a été le dossier de la mandature, et c’est un échec, il faut le reconnaître, qui laisse une vraie amertume. Le ministre ou les ministres de l’agriculture qui se sont succédé ces dernières années ont fait un choix : celui de sacrifier les agriculteurs des Deux-Sèvres. Seuls les agriculteurs de seize communes du département peuvent encore prétendre à l’ICHN. Les gérants de plus de 1 000 exploitations doivent se creuser la tête pour trouver des projets permettant de combler les trous laissés par la perte de cette aide.

Nous avons tout essayé. Rien n’y a fait. Aujourd’hui, nous n’avons d’autre choix que de mobiliser largement sur notre territoire, d’essayer d’impliquer l’ensemble des structures du monde agricole dans le défi qui se présente. Pour ne pas affaiblir un peu plus l’économie des fermes, l’engagement doit être total dans l’accompagnement de projets créateurs de valeur ajoutée.

S.D : Cet allant, cette énergie collective, nous en avons besoin pour l’agriculture d’aujourd’hui, mais également celle de demain. Alors que le nombre de départs en retraite continue d’augmenter, les jeunes en capacité de reprendre les fermes ne sont pas si nombreux. Chaque année, le point accueil installation reçoit 300 personnes. Pourtant, elles sont seulement 70 à s’installer avec les aides, une centaine à franchir le pas au total. L’image de l’agriculture, la rentabilité des activités, le poids du risque, le manque de soutien sont autant de raisons qui amènent la majorité des candidats à abandonner.

Un agriculteur a besoin de partenaires pour lancer son activité, mais l’inverse est tout aussi vrai. Les partenaires, pour faire du business, ont besoin des agriculteurs. Ensemble, nous devons trouver les bons équilibres pour assurer le renouvellement des générations.

Vous parlez de l’image de l’agriculture. Le dossier de ce début d’année sera probablement les ZNT, zones de non-traitement. Comment appréhendez-vous ce dossier ?

A.C : Il amène de nombreuses questions. Beaucoup d’agriculteurs sont inquiets. Alors que l’on parle de distances, 5 à 10 m selon les cultures, 3 à 5 m selon le matériel utilisé (voir en page 11), les agriculteurs, eux, se questionnent sur les pertes économiques, le développement des mauvaises herbes, le paiement du fermage sur des bandes de terre inexploitables, le statut de ces zones dans le cadre de la Pac.

Une tendance se dessine et les agriculteurs, aidés des chambres d’agriculture, des coopératives, des négociants, cherchent des solutions. Les techniques culturales évoluent, tout comme la précision du matériel. Tout ne peut être changé en un jour. Et rappelons que les produits utilisés le sont après homologation. S’ils sont dangereux, nous devons en déduire que les services de l’État ne font pas leur travail en accordant les autorisations de mise sur le marché injustifiées.

S.D : Les ZNT sont une difficulté de plus pour l’agriculture. Syndicalement, nous nous battrons pour défendre ce qu’il est raisonnable de défendre. Et sur le terrain, nous savons que les agriculteurs, qui développent des techniques en phase avec les attentes sociétales, continueront à chercher des solutions. S’adapter est ce que les agriculteurs font depuis la fin des temps. Mais sans revenu, l’une des conditions à un engagement dans la durée, y arriveront-ils ? En agriculture, la mise en place des contraintes avance plus vite que l’application des réglementations pensées pour garantir aux agriculteurs la vente de leur production à un prix supérieur au coût de production. La loi Egalim a été signée il y a plus d’un an maintenant et la filière laitière, pour ne citer qu’elle, continue de payer le lait en deçà du coût de production : 350 les 1 000 litres pour 396 de coût de production.

2020 est une année élective pour vos deux syndicats. Serez-vous candidats ?

S.D : L’assemblée générale de JA 79 se déroulera le 6 mars. Le conseil d’administration sera élu quinze jours plus tard. Nous allons connaître un très gros renouvellement de l’équipe. Il y a deux ans, alors que je prenais la présidence, j’ai été accompagné par de nombreux membres de l’ancienne équipe qui vont raccrocher cette année. Pour ma part, je me présente en tant qu’administrateur. J’aimerais passer le flambeau de président mais ne lâcherai pas la nouvelle équipe.

A.C : Comme je l’ai annoncé il y a déjà de nombreux mois, je ne serai pas candidat à la présidence de la Fnsea 79. Je viens d’être réélu délégué de ma commune. Alors que je pensais lever le pied sur les mandats syndicaux, je pense que je vais m’engager au niveau national, avec autant de passion, j’espère, que je l’ai fait au niveau départemental.

Pour la Fnsea 79, les échéances à venir sont les suivantes : fin janvier, le réseau aura été renouvelé au niveau communal et intercommunal. Le 11 février aura lieu l’assemblée générale. Le 7 avril, le mardi qui suit le congrès national, qui aura lieu à Niort les 31 mars, 1er et 2 avril, le conseil d’administration, élu lors de l’AG, élira le bureau et le nouveau président.

Mobiliser

Pour les deux responsables syndicaux, la mobilisation de tous les acteurs du monde agricole doit permettre de développer des projets créateurs de valeur ajoutée. Mais la fin de l’ICHN pour de nombreux exploitants, l’inconnu que représentent les ZNT ou encore les difficultés d’application de la loi Egalim compliquent les choses.

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