Agri79 Informations 19 novembre 2019 à 07h00 | Par Guillaume de Werbier

Pisseurs volontaires : peut-on se fier aux tests de détection ?

Les résultats des tests mesurant l’exposition au glyphosate sont-ils tous vraiment fiables ? Jean-René Gouron, céréalier à Dangé Saint-Romain (Vienne) a, de sa propre initiative, fait analyser ses urines et son sang, avec des résultats contradictoires selon la méthode utilisée.

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Jean-René Gouron vient de porter plainte contre X pour 
« manipulation contribuant à la stigmatisation des utilisateurs 
de produits phytopharmaceutiques ».
Jean-René Gouron vient de porter plainte contre X pour « manipulation contribuant à la stigmatisation des utilisateurs de produits phytopharmaceutiques ». - © G.W.

Depuis quelques mois, des Français se sont portés volontaires pour faire tester leurs urines pour définir si elles contiennent ou non des traces de glyphosate. Ceux qu’on appelle désormais « les pisseurs volontaires », ont répondu à la récente campagne de recherche de glyphosate menée par des collectifs citoyens. Une opération relayée un peu partout en France par l’association « Nous voulons des coquelicots ».

Le 18 mai dernier, Jean-René Gouron s’est aussi prêté à l’exercice, à Châtellerault (Vienne). « Dès que l’on parle d’environnement, nous, agriculteurs, sommes accusés de tout. Il arrive un moment où il faut quand même faire un peu le point ! », tonne le céréalier. Le résultat du test envoyé par l’association quelques jours plus tard, révèle que Jean-René Gouron a un taux de 0,84 nanogramme par millilitre. Sans autre explication. L’agriculteur veut en savoir plus sur l’interprétation de ce résultat, quel laboratoire l’a fait et avec quelle méthode d’analyse ?, à la grande surprise de l’association, dit-il. Il obtient finalement un document d’explication… en allemand. Le laboratoire qui a fait l’analyse (Biocheck) se trouve à Leipzig. Une méthode « un peu cavalière » de la part de l’association Les Coquelicots qui n’a pas pris soin de présenter une traduction, s’agace le céréalier.

Qu’à cela ne tienne, une connaissance lui traduit le document où il apprend que « les analyses présentant moins de 1 nanogramme/ml ne peuvent être considérées comme alarmantes ». « Les résultats que j’observe ne m’expliquent pas le catastrophisme que l’association « Nous voulons des coquelicots » présente. Dans une logique vraiment scientifique, il aurait fallu que les échantillons soient dédoublés pour être envoyés dans d’autres laboratoires. Pour croiser les informations », l’agriculteur de Dangé Saint-Romain demande dans la foulée une ordonnance à son médecin traitant pour un examen urinaire portant sur le glyphosate, qui est ensuite réalisé au CHU de Limoges. Comme pour l’examen sanguin qu’il avait demandé et fait réaliser dès le mois de mars dans ce même hôpital, pour la même recherche, le glyphosate n’a pas été détecté (la limite de détection se situe à 0,4 microgramme/l ; pour le sang, à 0,01 microgramme/l). Jean-René Gouron rappelle qu’il est utilisateur de glyphosate depuis 40 ans, « sur des terres situées tout autour de ma maison ».

Des résultats différents selon les labos

Deux laboratoires pour deux résultats d’analyses d’urine différents. « Les différents taux s’expliquent par le fait que les méthodes d’analyses employées ne sont pas les mêmes », explique l’exploitant. « Le laboratoire allemand utilise la méthode Elisa, qui est aujourd’hui contestée car elle est susceptible de donner des « faux positifs ». En France, c’est la méthode de détection par chromatographie qui est utilisée, et qui est reconnue plus sensible. N’est-il pas étonnant que les échantillons adressés par les associations écologistes au laboratoire Biocheck soient tous positifs à 100 % », s’interroge Jean-René Gouron.

Sur 129 « pisseurs » dans la Vienne, 121 ont porté plainte contre les fabricants et les distributeurs de glyphosate. Jean-René Gouron n’en fait pas partie : « Il n’y a pas un mot contre les importateurs. Il y a quand même un souci ! Les OGM sont interdits en France. On ne peut pas mettre de glyphosate sur nos plantes cultivées. On occulte l’origine domestique de la présence de glyphosate dans les aliments issus de produits importés. Je dénonce la volonté délibérée de stigmatiser le monde agricole en utilisant qu’un seul laboratoire et qu’une seule méthode qui ne fait pas l’unanimité dans le monde scientifique. En tant qu’agriculteur, je veux bien prendre ma part, mais pas endosser toutes les responsabilités ! »

Un argumentaire que Jean-René Gouron a versé au dossier qu’il a adressé le mois dernier au procureur de la République du tribunal de grande instance de Poitiers, en même temps qu’une plainte que le céréalier porte contre X « pour manipulation contribuant à inquiéter la population et la stigmatisation des utilisateurs de produits pharmaceutiques agricoles homologués par les pouvoirs publics successifs. » Jean-René Gouron garde espoir d’être entendu.

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