Agri79 Informations 12 décembre 2019 à 11h00 | Par Chloé Poitau

Projet agricole départemental : agir pour ne pas subir

Donnant une vision sur dix ans, le projet agricole départemental (PAD) a été validé par l’ensemble des parties prenantes, le vendredi 6 décembre, lors d’une session élargie de la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres.

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Jean-Marc Renaudeau (au centre), président de la chambre d’agriculture, a profité 
de la session pour rappeler au préfet que deux ministres ont été sollicités pour venir signer le PAD, sans honorer jusqu’ici l’invitation.
Jean-Marc Renaudeau (au centre), président de la chambre d’agriculture, a profité de la session pour rappeler au préfet que deux ministres ont été sollicités pour venir signer le PAD, sans honorer jusqu’ici l’invitation. - © Chloé Poitau

À l’issue d’une gestation de neuf mois, qui a vu se multiplier les rendez-vous avec les représentants agricoles, collectivités, associations notamment environnementales, filières animales et végétales, et pendant lesquels se sont constitués des groupes de travail dédiés (valeur ajoutée, foncier et urbanisme, installation et transmission, emploi et formation, énergie…), le PAD 2020-2030 a été présenté le 6 décembre lors d’une session élargie de la chambre d’agriculture. Ne suscitant pas d’oppositions, sa validation politique locale a ainsi été entérinée.
Élaboré à partir d’un diagnostic de territoire révélant un secteur aux multiples failles, le document fixe des orientations stratégiques du secteur en priorisant trois objectifs pour les dix ans à venir : le remplacement d’un actif sur deux, la création de valeur ajoutée dans les exploitations et l’implication renforcée du milieu agricole dans la vie du territoire et la transition écologique.
Pour les atteindre, une liste non exhaustive de 37 fiches-actions a été établie, matérialisant une feuille de route détaillée pour les acteurs concernés, qui procéderont en partenariats pour optimiser leurs résultats. Les représentants de ces acteurs, venus en nombre (syndicats agricoles et de l’eau, communautés de communes, élus de chambre, député et sénateur…), ont approuvé les orientations du PAD, y voyant le reflet d’une agriculture deux-sévrienne en plein virage.

Diversification et montée en gamme
Deux leviers ont particulièrement été mentionnés pour négocier ce virage : la diversification et la montée en gamme des productions, afin de générer davantage de valeur ajoutée sans dépendre uniquement des aides. Sur ce sujet, les participants n’ont pas hésité à tempérer, rappelant les difficultés économiques de nombreux exploitants, d’autant plus depuis la perte de l’ICHN. « La crise est forte, et les revenus faibles, a rappelé Grégoire Augeron, président de la MSA Poitou. Beaucoup d’exploitations sont en danger, et pas forcément près de la retraite ».
En réponse à ces enjeux : des fiches-actions renforçant l’accompagnement social des agriculteurs, leur potentiel d’autonomie ou encore l’anticipation de leur transmission d’activité. Pour que le pilier « vivable » du PAD se concrétise, d’autres insistent sur la nécessité d’une rémunération digne des producteurs. Ainsi, Christophe Limoges, vice-président de la chambre d’agriculture et producteur de lait à Pamplie : « Il faut une volonté politique farouche pour garantir les prix et sécuriser les financements, encore plus sur les filières longues dont les prix, trop volatils, limitent la visibilité et donc les investissements ».

Redorer le blason de l’agriculture
À l’heure où la priorité reste l’installation de nouveaux agriculteurs, le constat est sévère sur l’image du métier. « Nous devons aller chercher les jeunes beaucoup plus tôt dans leur parcours d’orientation, martèle Jean-Marc Renaudeau, président de la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres. Et attirer aussi les vocations dans le salariat agricole, qui peut fidéliser une main-d’œuvre intéressante ». L’accompagnement des porteurs de projet, leur profil étant de plus en plus en rupture avec les générations précédentes, dans leur accès à la terre et à l’eau, constitue une autre mutation à laquelle s’adapter.
Côté consommateurs, la communication est également un enjeu clé. De plus en plus attentive aux pratiques de production, la société a besoin d’être rassurée. Il ne s’agit pas pour autant de produire uniquement pour des consommateurs aisés, à coups de labels et de certifications bio, pointent des participants. Mais de trouver le subtil équilibre pour que le consommateur, même peu fortuné, ne soit pas obligé d’acheter « pas cher, pas bon » tout en garantissant un revenu au producteur – « et une retraite ! », ajoute Benoît Jaunet de la Confédération paysanne. La réflexion sur le partage de la valeur avec les intermédiaires a donc encore de beaux débats devant elle !
Porteur de chantiers d’ampleur, le PAD offre l’opportunité, aux dires du préfet, Isabelle David, « d’écrire une page inédite de l’histoire de l’agriculture en Deux-Sèvres, ambitieuse pour les exploitations et en adéquation avec les attentes sociétales ». Rendez-vous dès 2020 pour sa mise en œuvre.

Orientations de la chambre

8 millions d’euros de budget annuel

La matinée du 6 décembre était consacrée à la deuxième session de la chambre d’agriculture depuis la nouvelle mandature. L’occasion de faire le point sur la réforme de la Pac post-2020, la sortie des zones défavorisées simples (380 pré-diagnostics ont déjà été menés et il est encore possible de demander un audit d’exploitation à la DDT avant le 31 décembre), les excès climatiques de 2019 venant peser dans la balance en faveur de la création de retenues d’eau de substitution, ou encore le contrat d’objectifs que la chambre d’agriculture rédige de façon proactive, en favorisant trois piliers : l’accompagnement des agriculteurs à la transmission-installation, le lien avec les territoires et la communication positive sur les métiers et produits agricoles. Pour mener à bien ces orientations, qui rejoignent celles du PAD, la chambre dispose d’un budget annuel de huit millions d’euros, principalement issus de l’impôt (qui n’a finalement pas été réduit de 15 %, comme l’envisageait le gouvernement). Une partie de l’enveloppe sera dédiée à l’accompagnement des collectivités dans l’élaboration de leur PLU, afin de protéger l’agriculture et de permettre la construction de nouveaux bâtiments professionnels.

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