Agri79 Informations 09 janvier 2020 à 15h00 | Par Chloé Poitau

Rouge-Gorge, victime d'une filière melons en souffrance

Leader français du melon, l'entreprise familiale Rouge-Gorge a annoncé l'arrêt de cette production début décembre. Une réalité qui interroge sur la fragilité des filières agricoles face aux mastodontes de la distribution.

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Pour les 73 salariés du site deux-sévrien, l’arrêt de la production de melons a été une surprise. L’entreprise se recentre sur son activité pommes, qui nécessite moins de main-d’œuvre et dont le marché se porte plutôt bien.
Pour les 73 salariés du site deux-sévrien, l’arrêt de la production de melons a été une surprise. L’entreprise se recentre sur son activité pommes, qui nécessite moins de main-d’œuvre et dont le marché se porte plutôt bien. - © Vienne Rurale

«Il s'agit d'un arrêt contraint et forcé, la décision a été très douloureuse à prendre. D'autant que certains des salariés étaient à nos côtés depuis les débuts de l'aventure, souligne Christophe Couteleau, le dirigeant de Rouge-Gorge, encore sous le coup de l'émotion. Petit-fils du créateur de la melonnière de Taizé-Maulais, au sud-est de Thouars, Christophe Couteleau n'est pas encore prêt à tirer des plans sur la comète quant à l'avenir de l'entreprise dans la production de pommes, même si les choix de variétés sous licence qui ont été faits augurent déjà une bonne rentabilité. « Il nous faudra du temps pour digérer l'arrêt du melon. Nous avons eu cette année une météo plus que propice et pas de maladies : tous les voyants étaient au vert et pourtant, nous avons fini en négatif pour cette activité. La réalité comptable nous a rattrapés, la guerre des prix de la GMS surtout, et nous nous sommes retrouvés au pied du mur, comme l'ont été avant nous des melonniers comme Fondor, Teradelis ou Soldive ». Avec des prix qui n'ont pas augmenté depuis près de vingt ans (voir encadré ci-dessous) et des charges de plus en plus lourdes, le calcul est vite fait et impose aux producteurs de melons français de mettre un à un la clé sous la porte.

Un produit sous tension

Le constat est sans appel : la filière melon française a de plus en plus de peine à se maintenir. Les causes ? En premier lieu, l'hyperconcentration de la GMS, qui asphyxie le marché et le déconnecte des réalités. Près de 80 % des ventes de melons se font avec une dizaine d'acheteurs seulement, représentant les grandes enseignes de distribution. Les producteurs n'ont d'autre choix que de s'aligner sur leurs prix, afin d'exister parmi la cinquantaine d'offres quotidiennes reçue par les acheteurs, et d'écouler leur stock de melons avant leur péremption, par ailleurs très rapide. Les prix, qui s'établissaient autour de 0,98 EUR en 2000, ont chuté à 0,80 EUR aujourd'hui.

Autre difficulté - et paradoxale ! - pour la filière, le succès du melon auprès des consommateurs. Constamment mis en promotion, le melon sert de produit d'appel à la GMS. « Les prospectus annonçant les prix des promotions sont conçus des semaines à l'avance, quand le melon est au stade de fleur, s'exclame Christophe Couteleau. Les prix fixés n'ont parfois plus grand-chose à voir avec le calibre du produit final, et s'ils évoluent, c'est toujours à la baisse, afin d'être sûr de ne pas se faire passer devant par un autre vendeur ». Avec autant d'obstacles, on comprend que la situation soit bouchée pour de nombreux producteurs évoluant à l'échelle de la grande distribution. Rouge-Gorge jette à son tour l'éponge, quel avenir maintenant pour la filière ?

Envisager la suite

L'avenir des salariés de Rouge-Gorge est en tout cas incertain. « La conjoncture était difficile, les surfaces cultivées étaient passées de 1 100 ha à 600 ha depuis quelques années, mais nous ne nous attendions pas à cet arrêt, évoque Éric Blot, délégué CFDT. Les salariés sont touchés de plein fouet, avec 36 licenciements secs sur 73 pour le site deux-sévrien, sans compter ceux de Béziers et de Malaga, en Espagne ».

Pour sauver sa peau, l'entreprise Rouge-Gorge a coupé son membre malade, prenant la décision de se recentrer sur son activité pommes, une production en bonne santé, actuellement déployée sur près de 180 ha de vergers et nécessitant moins de main-d'oeuvre (un employé en moyenne pour 10 ha). Outre les salariés impactés, ce choix laisse sur le carreau les quelque 130 saisonniers employés huit mois par an ainsi que les 1 200 qui leur prêtaient main-forte pendant les deux mois de récolte. « Nous mettons tout en oeuvre pour que nos collaborateurs licenciés puissent rebondir, précise Christophe Couteleau. Nous avons appelé nos concurrents et mis sur pied une base de données pour faciliter leur reclassement ».

Faire marcher la solidarité

Le 14 janvier, le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) sera discuté avec les syndicats. Éric Blot défendra trois mesures : l’inclusion des départs volontaires dans le PSE, une prime supralégale pour aider les salariés à retrouver un travail (plus de 50 % d’entre eux ayant plus de 46 ans), et la mutualisation des fonds de formation pour optimiser leur attribution. Si Rouge-Gorge, la chambre d’agriculture et l’Anefa sont d’ores et déjà mobilisés pour accompagner au mieux le retour à l’emploi des salariés licenciés, le responsable syndical invite à faire jouer la solidarité et « de ne pas hésiter à faire connaître les éventuelles offres d’emploi locales. L’état d’esprit des salariés, qui ne savent pas encore si leur poste est conservé ou non, est à la morosité pour démarrer l’année… ».

La fin des melons Rouge-Gorge jette un froid sur l’économie locale : agriculteurs qui y trouvaient un complément de revenus, grainetiers, entreprises de mécanique, de plastiques ou de transports frigorifiques ; c’est tout un écosystème agricole et para-agricole qui se retrouve touché.

 

Guerre des prix

« La réalité comptable nous a rattrapés, la guerre des prix de la GMS surtout, et nous nous sommes retrouvés au pied du mur, comme l’ont été avant nous des melonniers comme Fondor, Teradelis ou Soldive », indique Christophe Couteleau, le dirigeant de Rouge-Gorge.

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