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Agronomie
" On agit comme si le sol était neutre et les plantes fainéantes "

Labour, techniques culturales simplifiées, semis direct, ne sont que des moyens. C’est le fonctionnement du sol et les objectifs de production qui doivent orienter le mode cultural selon Jérôme Grellier.

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© DR
D’un côté de la route, les participants auraient pu y laisser leurs chaussures. De l’autre, la portance était bonne. Aucun risque d’enlisement. Les deux parcelles au sol hydromorphe, visités fin janvier par un groupe d’agriculteurs en formation avec Yves Hérody (*), c’est évident n’ont pas la même tenue. Jérôme Grellier est l’exploitant de la seconde. Cette année, il se lance dans le semis direct. Une nouvelle étape. En 2004, il adoptait les techniques culturales simplifiées. « Pendant le labour, je remontais les chaumes ensevelies les années précédentes. J’ai cherché à savoir pourquoi elles n’étaient pas décomposées ». Au gré des lectures, des échanges entre agriculteurs, des recherches sur Internet, des rencontres avec des personnes férues d’agronomie, l’agriculteur de Repéroux (commune de Soulièvres) arrive à une conclusion qui aujourd’hui lui paraît couler de source : « Mon sol fonctionnait mal ». De labours en apports azotés, la situation ne s’améliorait pas. « Le sol n’est pas un support neutre », juge-t-il aujourd'hui. C’est un milieu complexe. « Il ne suffit pas de lui apporter un peu d’azote, de phosphore et de potassium de manière artificielle pour espérer tirer de lui le meilleur », note l’initié.
Outre la mise à jour de ses connaissances agronomiques, l’ère TCS a été pour Jérôme Grellier une vraie révolution économique.

Un sol poreux
Sans nouvel investissement, « pour se laisser le temps de la réflexion », l’exploitant s’est concentré sur la mise en œuvre d’un travail superficiel du sol. 10 cm maximum. « Les économies en carburant ont été significatives ». Le temps de travail a, lui aussi, été réduit. « La portance de mes sols argilo-calcaires s’est améliorée ».
Oui mais. « Très vite, j’ai été confronté à un problème de semelle ». Armé de son inséparable couteau, l’agronome en herbe grattant la terre, constatait l’inacceptable. « Les pivots de colza fourchus témoignaient d’un enracinement superficiel ». Un handicap sur une exploitation sans irrigation. « Les bromes, les géraniums se multipliaient également. La lutte contre les adventices se complexifiait ».
Jérôme Grellier n’a pas de maître. Son avis, il le forge au gré de ses rencontres et de la mise en pratique de ses connaissances acquises. L’expérience, concluante en bien des points, appelait une meilleure prise en compte du fonctionnement du sol. Mise en place d’intercultures, maintien de la rotation longue et mise en œuvre du semis direct, sont en 2008 au cœur du système développé. Un ensemble équilibré qui contribue à la restructuration du sol. « Il s’agit notamment de récréer les conditions favorables à l’infiltration de l’eau sur l’ensemble du profil vertical ». L’objectif de tout agriculteur, selon l’agronome Yves Hérody. « À chaque fois que la porosité s’effondre, votre sol perd en efficacité », assurait le pédologue. Où l’eau passe, les nutriments passent. Phosphore, potassium circulent alors. L’azote aussi. Apportée par l’épandage de déjections animales, cette source d’énergie permet à l’activité microbienne, dopée par le climat, de mobiliser les éléments minéraux. Le complexe organo-minéral lui-même régissant la fertilité du sol, peut alors prendre vie.

Sur la bonne voie
À la vue de son blé, semé sur des repousses de colza, Jérôme Grellier pense être sur la bonne voie. « La terre était fraîche sans être trop humide. La levée s’est bien passée ». Certes, à ce stade, son couvert n’est pas très académique. Alors que certains qualifieraient son blé de sale, lui pense qu’il est le symbole de la propreté. Le maintien de la végétation sur le sol combat les fuites d’azote. L’activité racinaire œuvre à la restructuration du sol. Par un choix scrupuleux des espèces qui vont se succéder sur une même parcelle, l’exploitant travaille à la régénération des éléments nutritifs. « Aujourd’hui, on pèche par ignorance. On agit comme si le sol était neutre et les plantes fainéantes. Des apports, il en faut, mais il y a des économies à faire si l’on bouleverse le mode de conduite cultural. Que l’on redonne à l’agronomie sa vraie place ».

(*) Yves Hérody est consultant. Pédologue, agronome, il est également agriculteur dans le Jura.

Un vrai sol selon Hérody

Un vrai sol se définit comme une combinaison de matière minérale et de matière organique. Les « parents » du sol sont donc, d’une part, la roche mère qui fournit la fraction minérale active (limons frais, argiles et substances minérales) et d’autre part, le climat, permettant non seulement la croissance végétale, mais aussi l’activité microbienne, agent principal de la dégradation de la matière organique et de l’altération de la matière minérale. Cette matière organique peut-être décomposée, en une fraction inactive car peu décomposée et une fraction active facilement dégradée par les micro-organismes.
La combinaison de la fraction minérale active et de la fraction organique active va donner naissance à un complexe organo-minéral régissant le potentiel de fertilité du sol. 

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