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Ensilage : "Quand on sait la somme qui se trouve sous la bâche, on fait attention »

Finis dans le sud du département, les ensilages sont en cours en Gâtine et dans le bocage. Ce chantier est aux éleveurs ce que les moissons sont aux céréaliers. De la quantité et de la qualité de cette récolte dépendra une partie de l'économie de l'exploitation.

Ce vendredi matin, 12 collègues sont mobilisés. Francis et Quentin, deux des trois associés du Gaec  La Babinotière à Allonne, ont ces derniers jours préparé l'ensilage qui à 8 heures ce 19 septembre commençait. Stéphane, en arrêt de travail suite à une opération du  pied, suit les étapes à distance. Forcé au repos, il ne peut s'empêcher de garder un oeil sur le chantier. « Nous préparons la boîte de conserve de l'année », justifie-t-il. Pendant un an, le prix de la ration des 110 vaches montbéliardes en production dépendra de la qualité du contenu des silos. L'abondance de la récolte qui s'annonce ne change rien à l'exigence de qualité. « Nous sommes obligés de réhabiliter de vieux couloirs tellement nous avons de matière », commentait l'observateur au cours de la matinée. Quel que soit le lieu où ils seront stockés, les 16 hectares  de maïs récoltés au cours de cette première journée d'ensilage - cette année exceptionnellement il y en aura deux - ont droit à tous les égards. Ici, comme sur les deux autres silos couloirs d'une longueur de 60 mètres par 8 mètres de large, on a soigné le nettoyage avant de placer une bâche sur les murs. D'un mètre plus longues que les contreforts latéraux, elles permettront, une fois le film étirable installé dessus, une fermeture hermétique des silos. « Cette matière extensible est tenue sur les côtés par des silos sacs. Elle est lestée par un filet de protection, aussi le contact avec la matière est permanent », explique l'exploitant.
Dans la confection des silos, rien n'est laissé au hasard. « Quand on sait la somme qui se trouve sous la bâche, on fait attention à  ce que l'on fait », explique le chef d'entreprise. Les silos sont soignés, tout comme la largeur de la coupe et le réglage de l'éclateur sur l'ensileuse.  « Le produit stocké doit être homogène. Il doit également ramener de la fibrosité dans la ration. Nous calons les choses avec l'entrepreneur Gouband avant le début du chantier. Nous voulons obtenir des morceaux de 17 millimètres minimum. »
Dans les terres à maïs du Retail, où Stéphane et ses associés ont l'habitude de rentrer 18 tonnes de matière sèche à l'hectare, sans irrigation, cette année « je pense que nous n'aurons pas moins de 20 tonnes à l'hectare ».

Les semis soumis à une année atypique
Face aux quantités exceptionnelles de l'année, ce matin, tracteurs et remorques ne perdent pas de temps sur la route. La distance entre Allonne et le Retail impose cette importante mobilisation de chauffeurs et d'engins. La prestation d'ensilage est payée à l'heure de rotor effectuée. L'entrepreneur ne doit pas attendre.
Le deuxième chantier programmé le 2 octobre, par la faible distance qui sépare les champs et l'exploitation, devrait permettre une moindre mobilisation. Alors, seront récoltés les 33 ha de maïs encore sur pied. « Exceptionnelle en matière de quantité, l'année a été atypique en ce qui concerne les semis », juge Stéphane. En Gâtine, le début de saison a été difficile. Les pluies du printemps ont imposé un étalement des implantations. « En jouant sur les indices, nous n'avons pas pu cette année rattraper ce décalage. L'humidité et les petites températures de l'été n'ont pas joué en notre faveur. »  Sur la ferme, les premiers 18 ha semés ont été mis en terre entre le 23 et le 26 avril avec un indice de précocité de 340. Une deuxième vague de semis, 20 ha, a eu lieu du 8 au 10 mai avec un indice à 280. « Pour les derniers semis, soit 10 ha, nous avons été obligés de changer la commande faite en février. Le temps nous empêchant de faire l'enrubannage des ray-grass en place, il nous a fallu attendre. Le 3 juin, nous implantions avec un indice 230. »
De cette dernière vague, ou bien de la précédente, 6 ha seront récoltés le 2 octobre en maïs épis. Stocké en silo, cet aliment pour vaches et génisses ramènera de l'amidon, donc de la digestibilité intestinale. « Ainsi, et alors que le maïs après séchage ne nous serait pas payé plus de 90  à 100 euros la tonne, regrette l'éleveur, nous nous offrons de l'énergie à coût maîtrisé. Compte tenu des cours, nous préférons déstocker de l'orge », poursuit le gestionnaire.
Au tout début de cet automne, les 49 ha de maïs semés sur l'exploitation d'Allonne seront rentrés. « Les premières évaluations nous promettent une belle qualité », se réjouit l'éleveur dont le troupeau cette année encore est en phase de croissance. En 2013, alors qu'il s'installait, Quentin apportait 300 000 litres de quotas supplémentaires. Dans quelques mois, 130 montbéliardes seront en production. « Alors que nous maximisons les stocks, le rendement grain est évalué à 115 q minimum. » Une bonne nouvelle pour ces élevages dont l'autonomie alimentaire est une stratégie économique.
Lire également en page 15.

Un apport d'urée pour diminuer les concentrés

Les associés du Gaec La Babinotière intègrent dans la conduite de leur maïs destiné à l'ensilage, un apport d'urée au stade quatre feuilles. « L'apport doit être réalisé au plus près d'une averse pour éviter que les feuilles ne subissent des brûlures », explique Stéphane Bernard.
A 250 kilos par hectare, l'urée épandue permet d'assurer le rendement tout en confortant la qualité du fourrage.
« Désormais, nous faisons l'impasse sur l'engrais starter. Tout se passe très bien. » Tellement bien que l'an passé, cet apport aurait permis selon l'exploitant d'augmenter les protéines digestibles ingérables (PDI) de l'ensilage à tel point que l'élevage a pu faire l'impasse sur 600 grammes de correcteur azoté par jour et par vache. « 9800 euros d'économie de concentrés sur l'année », calcule rapidement le gestionnaire.

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