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Heurts et malheurs du vivre-ensemble

Chartes des riverains et de bon voisinage : les travaux sont engagés pour fixer les règles dans l’espace rural. Si les agriculteurs doivent consentir à des efforts, notamment sur les épandages, leurs voisins doivent aussi faire preuve de civisme.

Des incivilités, vols et dégradations, Tony Pouzineau, éleveur de porcs et bovins à Saint-Pompain et François Pétorin, céréalier sur la plaine de Niort, en ont toujours constatées sur leurs exploitations. Et la liste est longue : « tuyau d’irrigation écrasé par des quads, cueillette de plantes, barrières laissées ouvertes, encombrants jetés en plein champ menaçant d’abîmer le engins agricoles… ». Sur le podium figure les dépôts sauvages d’ordures. « J’avais laissé une zone enherbée, elle s’est tout de suite remplie de déchets », signale François Pétorin. Tony Pouzineau a réussi, lui, à retrouver les auteurs du dépôt sur son terrain : ils ont ainsi dû régler la facture du nettoyage à la commune. « Souvent, nous retrouvons des gravats ou autres restes de chantier laissés par des artisans pour éviter de payer la déchetterie », ajoute-t-il fataliste. Encore ému, l’éleveur raconte le veau qu’il a perdu le jour où sa vache en train de mettre bas a été effrayée par le chien non tenu en laisse par des randonneurs : « les gens se croient partout chez eux, il y a un manque de civisme ». Et de connaissance du monde agricole certainement.

Rappels sur la propriété privée

Stéphane Etlin, adjudant référent Sûreté à la gendarmerie des Deux-Sèvres, compte sur l’éducation et la communication pour diminuer les cas d’incivilités, « qui sont différents des délits, relevant d’une intention coupable de commettre une action malveillante (vols de bois, fioul équipements et animaux, tags, dégradations de matériels, bottes de foin…) ». Pour lui, cela se joue dans la proximité, notamment à travers les brigades territoriales de gendarmes : « ce sont eux qui rappellent leurs droits et devoirs aux VTTistes, promeneurs, chasseurs, conducteurs d’engins motorisés, etc. »

Pour le responsable Sûreté, il y a nécessité aussi à délimiter les espaces. « Les agriculteurs ne doivent pas pouvoir se faire opposer le fait que les personnes ne savaient pas qu’elles étaient dans une propriété privée », développe-t-il. Fossés, clôtures, signalétique, limites d’accès sont autant de moyens de clarifier les choses. Au risque de verser dans l’excès, craint Tony Pouzineau : « on va finir par se barricader. Plus rien n’arrête les gens, il y a des risques sanitaires pour nos élevages. Mais si on se protège comme ça, on va croire que nous avons des choses à cacher ».

Signaler les faits, en un clic

Même si les atteintes à leur propriété ou à leur outil de production se répètent fréquemment, peu d’agriculteurs portent plainte. « Une situation regrettable » pour l’adjudant Etlin, qui précise : « ces signalements sont la première arme du renseignement et nous aident à cibler notre surveillance, et potentiellement, nos interpellations ». Plus les faits seront remontés, plus le phénomène prendra du poids. « Nous dénombrons 28 affaires touchant le monde agricole depuis le début de l’année dans le département, la dernière en date concernant un vol de pommes de terre », note Stéphane Etlin.

Les agriculteurs touchés par ces types de délits ou d’incivilités disposent d’un outil de pré-plainte en ligne (www.pre-plainte-en-ligne.gouv.fr) qui leur permet de choisir le jour et l’heure auxquels ils seront disponibles pour venir en gendarmerie. « Plus de risque pour eux de perdre de temps, insiste l’adjudant. Et avant même que les procédures se mettent en œuvre, les forces de l’ordre sont informées des méfaits et peuvent commencer à orienter leurs actions ».

A noter :  Une quarantaine de correspondants Sûreté de la gendarmerie des Deux-Sèvres sont en mesure de réaliser gratuitement des consultations de sûreté au profit des exploitants agricoles qui en font la demande.

Des chartes qui engagent, dans les deux sens

La charte des riverains approuvée le 15 juillet par la Préfecture, demande aux exploitants agricoles de respecter des distances de protection vis-à-vis des habitations lors de l’épandage de produits phytosanitaires (page 10). Le document comporte également, page 13, un paragraphe rappelant la nécessité, pour les riverains, de respecter en retour la propriété privée et le travail des agriculteurs. Dans la même veine, une charte de bon voisinage est à l’étude et sera évoquée lors des prochaines concertations entre la chambre d’agriculture, les communautés de communes et l’association des maires. Son objectif : refléter les attentes et contraintes des municipalités d’une part, et des agriculteurs d’autre part, pour définir les bonnes pratiques aux interfaces des espaces ruraux. La cellule Démeter, organe de gendarmerie créé en 2019 pour surveiller les actes de malveillance à l’égard du monde agricole, poursuit son travail, malgré une remise en cause par le biais d’une lettre ouverte au ministère de l’intérieur le 17 juillet par une dizaine d’associations.
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