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La génétique, meilleure alternative aux néonicotinoïdes

Le colloque « Insectes pollinisateurs en grandes cultures », mardi 25 septembre, au CNRS de Chizé, a été l'occasion d'évoquer les alternatives aux néonicotinoïdes sur l'orge et le blé, qui prennent en compte les abeilles et autres pollinisateurs.

Des variétés d'orge fourragère sont résistantes à la jaunisse nanisante de l'orge (JNO).
Des variétés d'orge fourragère sont résistantes à la jaunisse nanisante de l'orge (JNO).
© Gutner Reussir SA

Jean-Baptiste Rocher, agriculteur du réseau Océalia, à Savigné, dans la Vienne, cultive 140 ha de céréales, dont environ 50 ha de blé, 30 ha de maïs irrigué, 20 à 30 ha de colza, selon les années, 15 ha d’orge fourragère et 5 ha d’orge brassicole, 5 à 10 ha de soja. Il a arrêté le traitement Gaucho, qui enrobait la semence et protégeait les plants des pucerons jusqu’au stade 3 feuilles, sur ses céréales à paille (blé, orge et colza) en 2013, conformément à la législation européenne.

Dès lors, Jean-Baptiste Rocher a cherché des alternatives aux néonicotinoïdes - le principe actif du Gaucho étant l’imidaclopride, de la famille des néonicotinoïdes. Son premier conseil est de semer à partir du 20 octobre, pas avant, pour éviter les attaques d’insectes. Aude Carrera, ingénieure régionale chez Arvalis, abonde en son sens : « Il faut arrêter le semis précoce. La date de semis a un effet fort ; semer plus tard est une solution ». Un bémol, tout de même : les années « douces », il peut y avoir des pucerons jusqu’à midécembre, relèvent Aude Carrera et l’agriculteur.

Le traitement Gaucho protégeait les plants des pucerons, eux-mêmes porteurs potentiels de viroses, telle la jaunisse nanisante de l’orge (JNO), maladie de l’orge et du blé. Jean-Baptiste Rocher préconise de choisir des variétés en orge tolérantes à la JNO. Il en existe en orge fourragère mais pas en orge brassicole. Et en blé, il n’existe pas de variété résistante à cette maladie. « On peut limiter les pertes à 10 % grâce aux variétés tolérantes à la JNO. Cette protection est très efficace », souligne Aude Carrera. Quand l’offre génétique est disponible, les agriculteurs la saisissent. « On attend des avancées génétiques. La meilleure réponse pour supprimer les insecticides, de tous types, sur les céréales à paille, c’est la génétique », insiste Jean-Baptiste Rocher.

 

lncontournablestraitements sur végétation

Puisqu’il n’y a pas de blé résistant à la JNO, l’agriculteur de la Vienne systématise un insecticide à l’automne, de la famille des pyréthrinoïdes. Le moindre puceron peut être porteur de maladies. Jean-Baptiste Rocher en a déjà fait les frais. En 2016, il n’avait pas traité ses blés car il n’y avait vu que peu de pucerons mais ces rares spécimens étaient porteurs de maladies virulentes. Au printemps, les blés étaient infectés. « S’il y a des pucerons, on n’a plus qu’à traiter. A priori, il ne devrait pas y avoir d’abeilles à l’automne dans les blés au stade 3 feuilles, mais on met la molécule dans l’air… un insecticide sélectif, ça n’existe pas », rappelle-t-il. Jean-François Odoux, ingénieur d’études à l’Inra de la station du Magneraud, s’en désole : « on fait des études pour prouver que des insecticides tuent des insectes ». Aude Carrera recommande deux traitements sur végétation mais cette phytochimie peut créer des résistances chez les pucerons, à force, remarque-t-elle (voir page 17, de ce numéro). L’orge brassicole devra être aussi traitée. L’orge résistante à la JNO pourrait y couper…« Ce que l’on perd avec l’interdiction des néonicotinoïdes, c’est le confort de travail. Il faut surveiller ses cultures tout le temps. Mais c’est loin d’être infaisable, c’est une autre approche », conclut Jean-Baptiste Rocher. Il commence tout juste à tester les plantes compagnes sur le colza comme alternative aux insecticides mais il n’a pas le recul nécessaire pour juger de l’efficacité de cette technique.Arvalis explore d’autres voies pour lutter contre les pucerons sur les céréales à paille, tels les graminées endophytes (qui produisent des alcaloïdes néfastes aux pucerons) et les champignons entomopathogènes (qui parasitent les pucerons) mais leur efficacité n’est pas encore prouvée.

 

 

Auxiliaires

Les abeilles permettraient d’accroître les rendements de colza de 37,5 %, en moyenne, selon une étude menée entre 2013 et 2016, par l’Inra et le CNRS de Chizé, sur la zone atelier plaine et val de Sèvre qui s’étend autour du CNRS.

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