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SIA
L’agriculture, une chance pour la France

Le président de la République a inauguré le 50e Salon de l’agriculture, le 23 février. Compte rendu d’un marathon de plus de dix heures.

C’est sur les stands en rapport avec l’élevage bovin viande que le président de la République a été le plus attendu et le plus suivi. Ici, il s’entretient avec Pierre Chevalier, président de la FNB, sur le stand Interbev. Au second plan Guillaume Garot (à gauche), ministre en charge de l’Agroalimentaire, et Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture.
C’est sur les stands en rapport avec l’élevage bovin viande que le président de la République a été le plus attendu et le plus suivi. Ici, il s’entretient avec Pierre Chevalier, président de la FNB, sur le stand Interbev. Au second plan Guillaume Garot (à gauche), ministre en charge de l’Agroalimentaire, et Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture.
© Thierry Michel
Arrivé de très bonne heure, à l’heure de la traite, François Hollande, président de la République, a entamé un marathon de dix heures ce samedi 23 février pour montrer l’intérêt qu’il portait au secteur agricole du pays. Dès 7 h 30, il a enchaîné les discussions avec les éleveurs et les professionnels du secteur, ponctuant ces rencontres par la remarque suivante : « Ce sont les éleveurs qui sont dans la situation la plus difficile mais le pire est derrière ».
Une heure plus tard, le président sacrifiait au traditionnel discours d’ouverture du SIA en évoquant d’entrée de jeu l’actualité du moment. « Je veux qu’on arrive à un étiquetage obligatoire des viandes dans les plats cuisinés. Mais toutes les démarches volontaires, en attendant cette obligation pour tous, seront les bienvenues. Je rappelle aussi que les labels existent et autour de ces labels, les consommateurs peuvent avoir confiance ». Un peu plus tard, sur le stand d’Interbev, l’interprofession des viandes, et dans la bousculade, François Hollande recueille la signature d’une charte Carrefour France qui s’engage à n’acheter que de la viande bovine et porcine origine France pour ses plats cuisinés frais et pour ses surgelés. « Aujourd’hui, 80 % de ces produits sont déjà avec des viandes françaises. Nous voulons arriver à 100 %. Ce sera chose faite en mars pour le frais et d’ici six mois pour les surgelés », précise Noël Prioux, son président. Pour la FNB, Guy Hermouet estime que ce genre d’initiative permet « de sortir par le haut de cette crise, avec une mobilisation de toute la filière, distribution comprise. Au même titre que VBF avait ramené de la confiance en 96, cette initiative va redonner de la confiance aux consommateurs ». Les groupements Intermarché ont également indiqué une démarche de ce genre, tout comme Système U.
Entre-temps, le président avait visité le stand Inaporc. Jean- Michel Serres, président de la FNP, a rappelé que le propos présidentiel est dans la droite ligne de ce qui s’était dit au Space et que des propositions devaient voir le jour en mars. Il y a urgence aussi dans le secteur porcin. « Il faut arrêter l’hémorragie de la baisse des parts de marché du porc français en Europe. Il faut savoir parler avec les ministres concernés, dont celle de l’écologie, afin de redonner l’envie d’investir. » Dans la foulée, François Hollande a visité le stand Reconquête ovine. Ici, les responsables de la FNO lui ont fait part d’un travail qui visait à mettre en place un fonds d’investissement qui permettra de favoriser la formation et l’installation de jeunes. Comme il y aura appel public à l’épargne, le fonds est en attente d’un agrément de la part de l’autorité des marchés financiers. La visite se poursuit au gré des races bovines, notamment les races en conservation. Les spécialistes de la génétique animale et certains professionnels ont pu, au passage, expliquer au président l’importance de la recherche génétique sur les caractères fonctionnels et pas seulement de production.

Végétal, bio et proximité
Direction ensuite le stand des Brasseurs de France et de l’Odyssée végétale : là, Eric Lainé, le président de l’Odyssée et de la Confédération générale des planteurs de betteraves, exprime sa satisfaction concernant la position française sur la PAC mais souhaite que le gouvernement français revoie sa position sur les biocarburants de première génération. Sur les espaces réservés aux fruits et légumes, le président rencontre Jacques Rouchaussé, le nouveau président de Légumes de France. Le sujet de la compétitivité y est également abordé. « Le crédit d’impôt, c’est important mais il faut aller beaucoup plus loin. L’idée est de pouvoir réinsérer des gens, peu ou pas qualifiés, au chômage depuis longtemps pour leur redonner une chance de travail. Le président s’y est montré favorable et a demandé à ce que la Fnsea fasse l’inventaire des filières ayant besoin de main-d’œuvre. » Sur les intrants et dans le cadre d’Écophyto, Jacques Rouchaussé a demandé de lever le pied notamment lorsque certaines molécules qui doivent être retirées sont sans substitution possible. Sur le pavillon des vins, François Hollande a précisé que le vin était « un bon modèle culturel mais il faut exporter davantage. C’est en tout cas la première fois qu’un président de la République prend autant de temps autour des produits de la viticulture. C’est une vraie forme de reconnaissance des métiers et des territoires concernés. Le président s’est déclaré favorable à l’éducation et à l’information autour des produits de la filière », a précisé Jérôme Despey, président du comité vin chez FranceAgrimer. Pas de grande déclaration sur le bio mais l’assurance que la commande publique pourrait désormais utiliser un outil qui lui permettra d’adresser les producteurs bio et de proximité. Cet outil, c’est Agrilocal, mis au point par le département de la Drôme et ses partenaires et qui deviendra un outil national à partir du mois de mars. La matinée présidentielle se terminera par une visite sur les stands dédiés à l’enseignement, fer de lance d’une partie de la politique de François Hollande : former et éduquer les jeunes pour les diriger vers les métiers agricoles et aval de l’agriculture, des secteurs très demandeurs en termes d’emplois.

Les sujets de fond
Comme la plupart des professionnels croisés lors la visite du président de la République, Xavier Beulin, président de la Fnsea, reconnaît volontiers que « François Hollande connaît les sujets dont il parle ». Pour le responsable syndical, qui s’est entretenu avec le président avant la visite officielle, trois domaines demeurent fondamentaux : « la Politique agricole commune (PAC), la compétitivité et la traçabilité ». Sur le sujet conjoncturel de l’étiquetage suite à la découverte de viande de cheval en lieu et place de viande de bœuf dans des lasagnes, Xavier Beulin s’interroge. « Je crains qu’il soit difficile de réunir une majorité qualifiée au niveau de l’Union européenne, seuil requis pour pouvoir avancer sur l’obligation d’étiqueter à l’échelle de l’union ». Sur le volet plus structurel de la compétitivité, le patron de la Fnsea a abordé trois sujets avec le président : l’élevage bien sûr, le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) et les normes. Il a attiré l’attention du chef de l’État sur le fait que « beaucoup d’efforts sont demandés aux producteurs. Les lourdeurs administratives et la complexité des contrôles sont aussi des thèmes sur lequel nous avons sensibilisé le président ». Concernant l’adaptation de l’outil de transformation, Xavier Beulin estime qu’elle sera « encore plus compliquée si les pertes de production en amont se poursuivent ». Il a aussi abordé le sujet des énergies renouvelables à travers le photovoltaïque notamment. Toujours sur la compétitivité, Xavier Beulin attend que « la Banque publique d’investissements (BPI) joue son rôle à plein en investissant sur l’aval de l’agriculture et notamment sur l’outil de transformation ». Bien sûr, dans les relations de la production agricole avec ses filières aval, « la question des prix et du rapport au secteur de la distribution (GMS en particulier) » a aussi été posée.
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