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Dossier lait
« Le lait est une matière première dont le monde ne peut se passer »

Cette semaine, dans votre journal Agri79, un dossier lait de 10 pages afin de connaître le contexte actuel de la filière bovins lait qui est actuellement en pleine évolution. Christophe Limoges, président de la section lait de vache de la FDSEA est optimiste. La filière entre dans une nouvelle ère.

Christophe Limoges, président de la section lait de vache de la FDSEA  reste confiant. La profession a toujours su s’adapter.
Christophe Limoges, président de la section lait de vache de la FDSEA reste confiant. La profession a toujours su s’adapter.
© Christelle Picaud

L’augmentation du prix du litre de lait en 2008 s’annonce largement inférieure à ce que le contexte laitier de 2007 laissait espérer. Quelle est votre réaction face à cette situation inattendue il y a encore quelques mois ?
Christophe Limoges : La filière ressent les secousses de la dérégulation des marchés initiée il y a quatre ans. Nous entrons dans l’ère de la volatilité. Un caractère pourtant incompatible avec une activité dont les investissements courent sur 10 à 15 ans. Il est urgent de se mettre autour de la table et de réfléchir ensemble à la gestion des volumes. Un petit pour cent de production en plus ou en moins et la tendance à la hausse ou à la baisse des cours s’inverse brutalement. Dans les élevages, nous ne sommes pas prêts à supporter ces changements soudains.

Que penser de l’octroi par l’Union européenne de 2 % de quotas supplémentaires ?
Ces références vont être orientées vers les exploitations qui produisent entre 95 et 100 % de leur quota, ainsi que sur les projets d’installation. Elles nous sont désormais disponibles. Si nous avons les moyens de la produire, il faut y aller.
Toutefois, et au regard du comportement des marchés ces derniers mois, le risque est bien présent. Si chaque année la référence augmente sans que les débouchés ne croissent, je crains pour le revenu des éleveurs. Rappelons qu’en 2007, si l’augmentation du prix du litre de lait a bien été en moyenne de 26 %, le bénéfice des exploitations n’est pas à la mesure de ce chiffre. Si l’on tient compte de la seule augmentation des charges alimentaires à laquelle les producteurs ont été soumis, le bol d’air dont a bénéficié notre production n’est plus que de 11 %.

À quoi les producteurs doivent-ils s’attendre dans les années à venir ?
Nous entrons dans un marché libéral. Sur un plan économique, à l’image des éleveurs de porcs, les producteurs laitiers vont devoir s’adapter, changer leur manière de gérer. Les années qui se distingueront par un prix du lait élevé, il faudra sûrement jouer les écureuils.
Quoi qu’il en soit, j’en ai la conviction, sur une dizaine d’années les cours resteront globalement à la hausse. Le lait est une matière première dont le monde ne peut se passer.
Toutefois, et j’en appelle aux politiques, confirmer la libéralisation des marchés c’est prendre le risque d’une métamorphose du paysage laitier : agrandissement des exploitations, concentration de la production.
C’est évident, si l’année 2007 marque le début d’une nouvelle ère, il est urgent de se mettre autour d’une table pour inventer de nouveaux schémas, construire de nouveaux outils pour permettre aux exploitants de gagner décemment leur vie tout en répondant aux contraintes réglementaires et aux attentes de la société.

La contractualisation fait-elle partie de ces nouveaux modèles ?
Oui. Si elle voit le jour, il me semble préférable qu’elle soit gérée à l’échelle d’un bassin laitier. Une règle qui permettra de fixer à l’intérieur de ce territoire la production.
Ce point essentiel n’est qu’un aspect de la réflexion à porter. Sur la nature juridique des exploitations laitières, il y a sûrement des choses à inventer pour continuer d’attirer des jeunes. Faciliter la transmission est une nécessité.
Au niveau des entreprises, il y a aussi de nouvelles choses à construire. Des réflexions sur les mises en marché sont inévitables. L’opérateur unique serait l’extrême. Entre ce paysage et la diversité actuelle, il y a probablement des schémas intermédiaires à inventer.

Vous parlez d’organisation, de gestion concertée au moment où la DGCCRF épingle le système de recommandation mis au point par la filière. Y a-t-il réellement un avenir pour la concertation ?
Le système décrié aujourd’hui a été mis en place il y a quelques années avec l’assentiment des pouvoirs publics. L’organisation de notre filière était même citée en exemple.
Ces dernières semaines, nous avons un peu le sentiment que l’équilibre de la filière laitière est sacrifié sur l’autel du pouvoir d’achat. Parler d’une possible augmentation du prix du litre de lait de 26 % n’est pas politiquement correct en période d’inflation des prix à la consommation. Dans l’histoire, il a juste été oublié que le prix des produits finis est moins influencé par le prix des matières premières que la rémunération des GMS.
Interdire les recommandations, c’est offrir le pouvoir suprême à la distribution, c’est prendre le risque que le prix du litre de lait ne soit plus en fonction des marchés mais bien des ambitions de ceux à qui le rapport de force est favorable.
La recommandation est, je pense, une nécessité. Le système actuel mériterait toutefois d’être révisé. Il manque de réactivité. Là aussi, nous devons être inventifs.

Propos recueillis
par Christelle Picaud
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