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Le trio gagnant tournesol, luzerne et abeilles

La Fnams et le réseau biodiversité pour les abeilles travaillent ensemble pour mettre en place des itinéraires innovants répondant à l’agro-écologie. Un des ces itinéraires se fait avec l’implantation de luzerne porte-graine, sous couvert de tournesol.

Jean-Marie Puchault et Jean-Paul Thomas suivent cet itinéraire cultural depuis de nombreuses années à Saint-Léger-de-Montbrun.
Jean-Marie Puchault et Jean-Paul Thomas suivent cet itinéraire cultural depuis de nombreuses années à Saint-Léger-de-Montbrun.
© N.C.

Le principe est simple : semer au printemps de la luzerne porte-graine en même temps que le tournesol. C’est ce que fait chaque année Jean-Paul Thomas sur ses terres Mirebalaises, depuis une quinzaine d’années. En fin d’été, c’est l’heure de la récolte du tournesol. La luzerne implantée entre les rangs du tournesol est ensuite broyée ou récoltée pour servir de fourrage avant l’hiver. C’est donc l’année suivante que la production de semences de luzerne intervient. Puisque la luzerne est implantée dans de bonnes conditions, grâce à cette association avec le tournesol, la production de semences de luzerne devrait être excellente, autant du point de vue qualitatif que quantitatif. « En résumé, avec cet itinéraire technique, on limite considérablement les risques d’une mauvaise implantation et on optimise son coût par une préparation de sol commune à deux cultures » explique Serge Bouet, ingénieur régional pour la Fnams en Poitou-Charentes. « On sème de façon presque simultanée, mais je préfère faire le tournesol en premier, pour éviter le compactage du sol, qui gênerait ensuite le racinage » explique Jean-Paul Thomas.
Techniquement, la maîtrise des adventices est rendue plus facile par l’implantation de nouvelles variétés de tournesols tolérants à certains herbicides de post-levée. Ces variétés sont issues d’une technique de sélection utilisée depuis des dizaines d’années : la mutagénèse. Elles présentent une caractéristique commune avec la luzerne : ne pas être sensibles à un herbicide de post-levée. Résultat : seules les adventices pouvant concurrencer les deux cultures sont efficacement contrôlées. Outre le fait de faciliter cet itinéraire technique associant deux cultures sur une même parcelle, ces variétés de tournesol autorisent un véritable raisonnement des pratiques phytosanitaires, en permettant d’intervenir quand cela s’avère nécessaire, c’est-à-dire en présence d’adventices.
Les bénéfices ne sont pas seulement économiques mais aussi environnementaux et agronomiques. En effet, la luzerne permet de lutter efficacement contre l’érosion et elle améliore la structure du sol grâce à un système racinaire développé et profond. Elle assure également un apport important de matière organique et constitue ainsi une excellente tête de rotation avec un effet précédent positif avant l’implantation d’une céréale (gain de rendement et réduction de la quantité d’engrais azotés à apporter dans la céréale).
Du côté des apiculteurs, la ressource est un enjeu majeur. La disponibilité en pollen et en nectar dans l’environnement permet aux abeilles de maintenir leurs défenses immunitaires, de résister aux multiples agressions et stress auxquels elles font face, tout particulièrement les parasites varroa et nosema ceranae, d’assurer un bon développement de la colonie tout au long de l’année apicole et enfin de produire du miel. Cet itinéraire technique est donc vu d’un très bon œil puisqu’il associe deux cultures essentielles pour l’économie apicole. Avec le colza, le tournesol est à l’origine des deux tiers de la production de miel en France.

Pollinisation optimum
« Des observations menées depuis quatre ans dans les principaux bassins de production montrent une forte attractivité de ces nouvelles variétés aussi bien chez l’abeille domestique que chez les pollinisateurs sauvages. C’est un facteur important puisqu’une pollinisation optimale nécessite la présence simultanée des abeilles domestiques et des pollinisateurs sauvages. Cet itinéraire technique offre donc une diversité des apports polliniques grâce à la luzerne qui peut servir de trait d’union entre la fin de la floraison du colza et le début de celle du tournesol » explique Philippe Lecompte, apiculteur professionnel et président du réseau biodiversité pour les abeilles.
À l’origine, ces variétés ont été mises au point pour faciliter la production de tournesol et répondre à des impasses techniques pouvant entraîner des problèmes de santé publique comme la présence de plantes invasives allergènes (ex. ambroisie) ou toxiques (ex. datura)… « Capitaliser sur ces caractéristiques pour développer des associations avec la luzerne, c’est intelligent » se réjouit Philippe Lecompte.

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