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Interview
Menaces sur l’avenir du bassin laitier Charentes-Poitou

Face à la fragilité de certaines coopératives laitières de la région, les responsables laitiers syndicaux de la Fnsea Poitou-Charentes tirent le signal d’alarme pour que chacun mesure ce qui est en train de se jouer pour les coopérateurs et pour le territoire. Explications.

Christophe Limoges, président de la section laitière, estime que les coopératives laitières sont confrontées à un problème de gouvernance. Sans projet coopératif, il s’inquiète pour l’avenir des producteurs.
Christophe Limoges, président de la section laitière, estime que les coopératives laitières sont confrontées à un problème de gouvernance. Sans projet coopératif, il s’inquiète pour l’avenir des producteurs.
© N. C.
Qu’est-ce qui vous fait dire que l’avenir du bassin Charentes-Poitou est aujourd’hui
menacé ?

Christophe Limoges, président de la section laitière régionale : Le bassin Charentes-Poitou est une entité géographique qui a été reconnue par les pouvoirs publics avec la mise en place en 2011 de la conférence de bassin chargée de gérer les quotas. Par ailleurs, au sein du Criel, les différentes familles interprofessionnelles se réunissent régulièrement à l’échelle du bassin pour échanger sur les tendances du marché, sur les actions qualité du lait, sur les orientations et les stratégies de la filière.
Mais ce qui était valable encore hier, risque de ne plus l’être. Je m’explique. C’est la coopération laitière, bien implantée dans la région qui fait que depuis quarante ans des éleveurs de Vendée, de Haute-Vienne et de Poitou-Charentes se retrouvent dans un projet commun « porteur » (comme par exemple l’AOC) bien qu’ayant des systèmes de production et des contextes très différents. C’est donc tout naturellement que l’interprofession, puis la conférence de bassin, a épousé les mêmes contours géographiques. Aujourd’hui, tout risque de voler en éclats si les principaux acteurs de la coopération attachés à ce territoire le quittent. L’équation est simple : plus d’acteurs qui pèsent, plus de projet commun, plus d’échanges et de concertation.

Outre le risque pour le devenir du bassin, quelles conséquences pour les éleveurs ?
S’il n’y a plus de projet coopératif sur notre territoire quid du devenir des producteurs de certaines zones que les transformateurs privés ont déserté ? Quand on fait le constat au conseil de la FNPL du nombre croissant de producteurs qui voient leur entreprise stopper brutalement la collecte, les ruptures de contrat de livraison par les GIE ou les coopératives de collecte, on a de quoi être inquiets. L’éloignement des centres de décision fragilise forcément les éleveurs qui sont isolés et produisent peu.
D’autre part, s’il n’y a plus de lieu de concertation au niveau du bassin, les volumes qui restaient pour l’instant sur notre territoire seront redistribués naturellement vers les zones de production à fort potentiel. Quel poids aurons-nous pour conserver ce litrage sur le territoire et sur nos exploitations ?
L’incertitude sur l’évolution de nos outils coopératifs met tout le monde dans une position d’attente. Cette situation stérilise tout projet d'investissement dans des outils industriels collectifs ou individuels dans notre région, alors qu’à moyen terme, les perspectives de besoins en produits laitiers sont positives. Quel message alors porter ? Que dire aux jeunes qui veulent s’installer sur notre territoire ? Quelle stratégie de développement pour les éleveurs en place ?

Que proposez-vous ?
Je suis convaincu que l’outil coopératif est ce qu’il y a de plus abouti dans l’intérêt des éleveurs, car les sociétaires participent à la prise de décision, ont leurs propres outils de transformation et de commercialisation. Nos coopératives laitières ont un atout incroyable par rapport aux coopératives céréalières. Elles ont une garantie d'approvisionnement et des sociétaires fidèles avec un engagement d’apport total. Mais il faut que la coopération laitière régionale se ressaisisse et restructure son outil de transformation pour aborder les nouveaux marchés. Quand on voit le gaspillage auquel on assiste dans la production caprine, on ne peut qu’appeler chacun à se ressaisir ! En six mois, les choix de la coopération ont conduit à un effondrement du prix pour maintenant s’apercevoir qu’elle va manquer de lait !
La situation actuelle de nos coopératives laitières a mis en évidence des problèmes de gouvernance, de prise de décision, de formation des administrateurs. Il faut que les sociétaires de nos coopératives se sentent impliqués et aillent chercher l’information. Il faut que les administrateurs de nos coopératives se rappellent qu’ils ont la lourde charge du développement économique de l’entreprise pour la revalorisation du prix du lait dans l’intérêt des producteurs. Il faut que tous les acteurs se forment car avec la complexité des marchés laitiers, l’évolution des politiques mises en place au niveau européen, la fin de la gestion administrée des quotas, la contractualisation… l’économie laitière est en constante mutation.

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