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Séparation de la vente et du conseil : les entreprises réticentes à endosser le seul rôle de pharmacien

Selon le bilan du plan Ecophyto I, la consommation de produits phytosanitaires ne baisse pas en France. La séparation du conseil et de la vente doit infléchir la tendance. Coopératives et négoces s’inquiètent des conséquences sur la production.

Ludovic Bouteiller, exploitant à Lusseray, Cédric Clochard, technicien aux Ets Lamy et François Gibon, directeur du NACA, échangent autour des plantes campagnes.
Ludovic Bouteiller, exploitant à Lusseray, Cédric Clochard, technicien aux Ets Lamy et François Gibon, directeur du NACA, échangent autour des plantes campagnes.
© Archives

L’article 8 du projet de loi issu des États généraux de l’alimentation prévoit de définir « un cadre législatif applicable aux produits phytopharmaceutiques afin de séparer l’activité de conseil et l’activité de vente des produits ».
Cette promesse de campagne formulée par Emmanuel Macron, réaffirmée lors du discours de Rungis le 11 octobre, semble inévitable à nombre d’opérateurs. « La décision est prise », assurait Carole Hernandez-Zakine, directrice développement à Agrosolutions (groupe Invivo) lors de l’assemblée générale de la coopérative Sèvre et Belle en décembre.


Le texte qui devrait être présenté et discuté mercredi 31 janvier au conseil des ministres propose de « rendre incompatible l’exercice de ces deux activités ». « La séparation capitalistique des structures exerçant ces activités sera imposée », peut-on y lire. La diminution de l’utilisation des produits chimiques est le but de cette transformation. Effectivement, selon la note de suivi du plan Ecophyto de 2016, si une baisse de 2,7 % du NODU agricole (nombre de doses unites) a ete constatee entre 2014 et 2015, la moyenne sur trois ans (NODU agricole triennal) a quant a elle augmente de 4,2 %. Le gouvernement veut des resultats.

Objectifs ambitieux

Dans l’environnement des coo- peratives et du negoce agricole, ces annonces inquietent. Et plus encore, reconnait François Gibon, directeur du Negoce Agricole Centre Atlantique, depuis qu’il a pris connaissance du contenu du rapport sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques (*). Publie en decembre, ce document

dresse un contexte sans appel. Au fil des pages on y apprend: «In fine, même s’il faut encore poursuivre et intensifier les efforts de recherche sur l’impact de ces produits (Ndlr : phytopharmaceutiques) – et notamment sur les effets cocktail et la perturbation endocrinienne – (...) le degré de certitude, d’ores et deja acquis sur leurs effets, commande de prendre des mesures fortes et rapides sauf a engager la respon- sabilite des pouvoirs publics. Ces mesures doivent concerner tant la reduction de l’impact, sur les populations et l’environnement, que la reduction de l’utilisation des produits ».

« Ce rapport, juge François Gibon, presente des objectifs ambitieux en termes de reduction des recours a la chimie ». Le representant du NACA prend acte avant de ramener le debat sur la mise en œuvre. « Comment accompagner les agriculteurs vers des alternatives – agronomie, biocontrole - si nos unités se voient interdire le conseil ? ». Et de rappeler un element qui lui semble avoir ete oublie dans le debat actuel : « Nos entreprises travaillent a l’interieur d’un cadre legislatif borne par un agrement. Celui-ci intègre la mise en œuvre des CEPP, certificat d’économie de produits phytopharma- ceutiques(**) ». Et de preciser qu’il sera difficile d’assurer le maintien de la production en France, sans maitriser les bioagresseurs sur les cultures. Entre l’exigence économique des exploitations et le cadre législatif, coopératives et négo- ciants composent en conscience.

Cahier des charges

Cooperatives et negociants ont integre, temoignent-ils, l’exigence societale sur la reduction atten- due du recours a la chimie. Ces dernières années d’ailleurs, précise Médéric Brunet directeur de la coopérative Sevre et Belle, de nouveaux usages sont promus. Ils prennent la forme de plantes campagne, de règles agronomiques, de travail du sol, d’outils aide a la décision, de produits de biocontrôle. « Nous ne pouvons laisser les producteurs sans solu- tions », defendent les operateurs, jugeant qu’une telle mutation des pratiques agricoles exige du temps. Metteurs en marches, les actuels interlocuteurs des agricul- teurs craignent egalement que des decisions hatives ne les tiennent eloignees des itineraires cultu- raux. « Nous avons construit des filieres pour valoriser le travail des producteurs. Que ferons-nous de la production si elle ne correspond pas aux cahiers des charges qui ont été établis ? », questionne Médéric Brunet.

A ce jour, nombreux points de la reforme annoncee restent flous. Toutefois, negociants et coope- ratives voient poindre un conseil a deux niveaux. « L’un d’accompagnement, de préconisation, l’autre, stratégique inviterait les exploitants a l’occasion d’un bilan annuel a s’interroger sur leurs pra- tiques et a chercher des solutions pour baisser leur consommation de produits phytosanitaires », expose le representant du Negoce Agricole avant d’interroger : « dans une telle structuration qui est res- ponsable face a l’agriculteur? ».

 (*) Rapport rédige suite a la mission d’expertise sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), et au Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation

et des espaces ruraux (CGAAER). (**) Dispositif Ecophyto II visant une baisse de l’utilisation des pro- duits phytosanitaires en France de 50 % en 2025.

 

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