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Transmission : « Le tuilage, c'est l'idéal »

Philippe Moreau et Manuel Rault ont succédé à Guy Lacaze, Annick et Jean-Jacques Pineau, à la tête des Jardins de la Belle, à Celles-sur-Belle, le 1er janvier. Les cédants se sont engagés, moralement, à être salariés de l'Earl pendant au minimum un an.

Guy Lacaze, Philippe Moreau, Manuel Rault, Annick et Jean-Jacques Pineau, soeur et frère (de gauche à droite), travaillent ensemble à l’Earl Les Jardins de la Belle depuis la reprise de l’exploitation par Manuel et Philippe, en janvier 2019. Les anciens conseillent les plus jeunes.
Guy Lacaze, Philippe Moreau, Manuel Rault, Annick et Jean-Jacques Pineau, soeur et frère (de gauche à droite), travaillent ensemble à l’Earl Les Jardins de la Belle depuis la reprise de l’exploitation par Manuel et Philippe, en janvier 2019. Les anciens conseillent les plus jeunes.
© Anne Frintz

On leur a dit que c'était impossible et pourtant ils l'ont fait. « On a bousculé beaucoup de personnes », en rient encore les agriculteurs. En dix mois, Philippe Moreau et Manuel Rault ont repris l'exploitation de Guy Lacaze, Annick et Jean-Jacques Pineau, le Gaec Pineau et Lacaze, à Celles-sur-Belle, qu'ils ont transformé en Earl Les Jardins de la Belle : 12 ha de maraîchage (4,5 ha sous abris et 7,5 ha en pleins champs ; aubergines, poivrons, concombres), 86 ha de céréales (tournesol, blé, colza, orge), trois salariés permanents et jusqu'à trente saisonniers lors de la récolte des légumes.

Avant le 5 janvier 2018, Manuel et Philippe ne se connaissaient pas. Ce sont les exexploitants qui les ont présentés. Les deux hommes, qui cultivent une centaine d'hectares de céréales chacun de leur côté - Philippe à côté des Jardins de la Belle (Earl Les Acacias), Manuel à cinq kilomètres des lieux (Earl Rault) -, étaient intéressés depuis novembre 2017 par le projet de reprise de l'entreprise de maraîchage mais « pas tout seul », ont-ils martelé. « C'est aux cédants de se bouger. Il faut avoir une démarche active, conseille Annick Pineau. On était inscrits au RDI depuis 2016 ; c'est grâce à cela que Manuel nous a trouvés. On lui a fait rencontrer Philippe, notre voisin ».

 

« Un facteur déclencheur, déterminant »

Et la magie a opéré. Moins d'un mois après leur rencontre, Manuel et Philippe se sont lancés dans l'aventure : associés à 50/50. « C'est inouï comme situation, souligne Philippe. Et on est tous voisins ! ». Ce qui les a décidés ? « C'est l'accompagnement proposé par Annick, Guy et Jean-Jacques. Ils travaillent avec nous aujourd'hui. Le tuilage, c'est l'idéal », assure Manuel. « Ça a été un facteur déclencheur, déterminant, renchérit Philippe. Pour nous mais aussi pour les banques, l'administration... ».

Et pour cause : Philippe, agriculteur et ex-routier, n'avait aucune expérience du maraîchage, en février 2018, et Manuel avait seulement travaillé quatre mois dans une exploitation qui produisait des tomates sur 10 ha, en hors-sol, dans les Landes, avant de devenir conseiller agricole et associé sur la ferme familiale. Le quinqua' et le trentenaire ont dû se retrousser les manches. Philippe a été salarié du Gaec Pineau et Lacaze, les dix mois précédents la reprise. « Il a pris des notes et des photos. Il a fait des fiches, se souvient Annick. Il a même trouvé quelques améliorations à apporter ». « On a acheté des chariots en janvier 2019 pour déplacer les plants, ce qui permet de réduire la pénibilité du travail et d'optimiser la main-d'oeuvre », détaille Philippe. Pendant qu'il était sur le terrain, Manuel préparait l'installation, côté administration.

 

« Conserver 100 % de la clientèle »

La présence, en tant que salariés, d'Annick, Guy et Jean-Jacques, depuis la reprise, en janvier, rassure tout le monde. Chacun y trouve son compte. « Ils nous conseillent sur toute l'activité », résume Manuel. « On a un suivi constant : ils ont du recul et nous corrigent s'il le faut. Toutes les décisions importantes se prennent en concertation avec la personne qui était la plus spécialisée, soit en technique maraîchère, grandes cultures, soit en commerce », ajoute Philippe.

Ainsi, ce tuilage a permis à Manuel et Philippe de conserver 100 % de la clientèle du Gaec Pineau et Lacaze, précise Annick, qui était en charge de ce volet-là. « Pour nous, c'est gratifiant de ne pas être hors service du jour au lendemain, de transmettre ce qu'on sait. C'est maintenant qu'on réalise la somme des choses qu'on sait », observe Annick, qui a fait le stage de préparation et d'optimisation de la transmission de son exploitation avec la chambre d'agriculture des Deux-Sèvres.

« Notre objectif est que cette reprise soit un succès », déclare Guy, l'époux d'Annick. La motivation de Manuel et Philippe croît de jour en jour, constate-t-elle. « On est fiers de créer de l'emploi ici, de dynamiser ainsi le village », note Philippe qui spécifie que les salariés réguliers et les saisonniers du Gaec Pineau et Lacaze ont tous été réembauchés. « On cultive des produits destinés aux consommateurs français, on a un lien plus direct avec eux, en maraîchage. Nos systèmes de cultures sont économes en intrants et en eau. Progressivement, on aimerait passer en bio », confie Manuel qui développe pour cet été une production de tomatillos et de piments du Mexique, le pays d'origine de son épouse Lissette... de quoi doper l'activité !

 

Les Jardins de la Belle : 350 tonnes/an d’aubergines, 300 tonnes/an de poivrons, 70 tonnes/an de concombres, vendus dans le Nord-Ouest, à Leclerc, Intermarché, Grand frais, Système U et L’Heure du marché, notamment.

Pour plus d'informations sur l'exploitation, consultez son site Internet : www.jardinsdelabelle.com

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