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INRA
Une forte réduction des phytos est possible selon les chercheurs

La baisse d’un tiers des quantités de produits phytosanitaires est possible rapidement avec une perte réduite de production et sans modification fondamentale des itinéraires techniques. Par contre atteindre 50% sera plus difficile.

Une réduction de 20% des applications de produits phytosanitaires pourrait se faire sans diminution 
de la production.
Une réduction de 20% des applications de produits phytosanitaires pourrait se faire sans diminution
de la production.
© DR

Les chercheurs de l’INRA sont arrivés à la conclusion qu’une baisse d’un tiers des quantités de produits phytopharmaceutiques serait d’ores et déjà possible et qu’un tel effort ne conduirait qu’à une diminution de 6% de la production française sans baisse du revenu des agriculteurs. Pour aller plus loin de nombreux freins existent : techniques, changement de systèmes, organisation des filières… 

Les chercheurs ont élaboré cinq  scénarii « extrêmes » pour évaluer leur influence sur la consommation de pesticides, le volume de production et la marge des agriculteurs. Un premier scénario consiste en l’utilisation sans limite, voire systématique, des pesticides sur l’ensemble du territoire (agriculture intensive). Un autre, de protection dite « raisonnée », est basé sur un recours limité aux phytosanitaires grâce à des outils d’aide à la décision. Le troisième, la « protection intégrée », utilise en partie des méthodes alternatives sans remettre fondamentalement en cause les itinéraires de production. Plus en rupture, la « production intégrée » demande en grandes cultures des assolements nouveaux, en production fruitière ou légumière un recours à toutes les alternatives. Enfin le dernier scénario est une généralisation de l’agriculture biologique sur l’ensemble du territoire. 

Une réduction de 20% des applications pourrait se faire sans diminution de la production. Par contre le scénario de protection intégrée entraînerait une baisse de plus de 30% de l’utilisation des pesticides pour un rendement en baisse de 6% en moyenne sans toucher au revenu des agriculteurs. Seule la généralisation de la « production intégrée » serait en mesure de répondre aux objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement mais au prix d’une baisse plus importante de la production. 

Des baisses d’utilisation variables selon les cultures

En arboriculture qui consomme pourtant 20% des insecticides totaux et où les méthodes alternatives sont déjà largement diffusées, la marge de manœuvre est plus faible. Les grandes cultures concentrent à elles seules 70% des dépenses en pesticides pour 46% de la surface agricole utile. Dans ce secteur, l’utilisation raisonnée basée sur les outils d’aide à la décision existants permettrait une baisse de 3 à 40% des applications sans affecter le niveau de production. En allant plus loin et en appliquant des principes de gestion agronomique en rupture avec les pratiques majoritaires actuelles il est possible d’atteindre des baisses d’utilisation des produits phytos de 40 à 75% pour une chute de production de 10% en céréales à pailles mais de 15 et 20% en moyenne pour le colza (grand consommateur d’insecticides). La baisse de 50% de l’Indice de fréquence des traitements (IFT) n’aurait que peu d’impact sur la production de blé (-5% car il y aurait plus de blé dans les rotations). Par contre en maïs (- 17%), et surtout en pomme de terre 

(- 25%) et en colza (- 46%), l’addition serait plus salée. « On peut d’ailleurs s’interroger sur la compatibilité de la baisse des pesticides avec la production de biocarburants à partir de colza qui est très gourmand en insecticides », remarque Jean-Pierre Butault. 

La mise place d’une taxe sur les produits phytosanitaires a également été étudiée par l’INRA. Pour agir efficacement sur les comportements, son niveau devrait être très élevé: +182% pour atteindre l’objectif de diminution de 50% des usages même associé à un mécanisme de bonus-malus. 

Mais convaincre les agriculteurs de modifier leurs pratiques n’est pas forcément le plus difficile. Les stratégies de filières bloquent aussi certaines évolutions de pratiques. La généralisation de l’allongement des rotations en grandes cultures implique de trouver des débouchés rémunérateurs pour des productions comme le pois, la luzerne ou le triticale. De même les collecteurs se montrent réticents vis-à-vis d’une réduction des volumes de collectes. C’est ce qui freine le développement de variétés de blé rustique lancé par l’INRA depuis une trentaine d’années ou des mélanges variétaux qui sont plus résistants aux agresseurs mais n’intéressent pas les meuniers. 


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