Agri79 Informations 25 janvier 2019 à 08h00 | Par ANNE FRINTZ

Transmission : in vino veritas

Que se joue-t-il lors d’une transmission ? Le spectacle Chai mon père raconte l’histoire du difficile lâcher prise d’un vigneron qui souhaite transmettre son domaine à sa fille. Représentation unique, samedi 2 février, à la salle des fêtes de Verrines-sous-Celles.

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Armelle Peyrard et Victor Mazzilli ont mis en scène un conflit de génération, autour de la transmission d’un domaine viticole.
Armelle Peyrard et Victor Mazzilli ont mis en scène un conflit de génération, autour de la transmission d’un domaine viticole. - © AUDREY BOURDILLON

Le duo d’acteurs, musiciens, chanteurs et amateurs de vin que forment Armelle Peyrard et Victor Mazzilli invite les spectateurs à une conversation intime et réaliste, entre un père, qui veut transmettre son domaine, et sa fille de 40 ans, qui refuse. « S’il n’y a pas de conflit, il n’y a pas de théâtre, pose Victor. La fille ne veut pas du domaine car elle veut travailler autrement que son père - en bio, notamment, précise Armelle - et son père ne l’accepte pas. Il est un peu têtu, peu prompt à accepter la nouveauté et orgueilleux aussi. Il est sûr de travailler de la meilleure façon qui soit ».

Cette histoire, les acteurs ne la tirent pas de leur chapeau. C’est un ami, ingénieur, quadragénaire, Guillaume Lagrange, qui la leur a contée, puis écrite. Lui-même la tient de sa propre vie puisqu’il s’est inspiré des tiraillements entre son père et sa soeur… qui n’a toujours pas repris le domaine aujourd’hui. Textes d’auteurs sur le vin, dégustation technique et avec le public, cette pièce traite aussi de l’amour pour « le breuvage le plus sain et le plus hygiénique qui soit », selon le scientifique Louis Pasteur (mort en 1895). Samedi 2 février, à la salle des fêtes de Verrines-sous-Celles, à 20 h 30, ce seront les vins et cognac bio d’Agnès Rousteau, de l’Earl J’y crois, en Charente, qui seront décryptés et savourés, lors de l’unique représentation de Chai mon père, organisée par Scènes nomades.

« Discuter, être tolérant et respectueux »

« Le vin délie les âmes », chante Juliette. La passe d’arme, d’un peu moins d’une heure, entre la fille surdiplômée et son ambitieux père (qui a des ambitions pour elle… notamment pour sa vie affective, qu’il souhaite favorable au business) est drôle, tendre et émouvante. « On a fait pleurer beaucoup d’hommes parce que l’on traite de la relation père-fille, de la pudeur des sentiments entre eux », confie Armelle. On rit beaucoup aussi car « à s’entêter, on devient ridicule », souligne, par exemple, Victor, qui a 62 ans. L’histoire est propice à l’humour, relève-t-il.

Et quelles seraient les leçons à tirer pour une transmission réussie ? « Il faut discuter, ne pas avoir peur de se dire les choses, communiquer, être tolérant et respectueux. Respecter les choix des uns et des autres, les choix des jeunes, leur faire confiance, leur laisser la chance de faire, ne pas être borné, vivre avec son temps », énumère Armelle. « L’enfant a le droit de mener sa vie comme il l’entend. On ne doit pas imposer sa vision à d’autres », ajoute Victor.

 

La réservation pour le spectacle est à faire à : Scènes nomades, au 05 49 27 57 95 (de 9h à 12h et de 14h à 17 h 30, sauf mercredi) ou reservations@scenesnomades.fr ou à l’office de tourisme du Pays mellois, au 05 49 29 15 10. Spectacle à 20 h 30. Durée : 50 minutes. Tout public.

Tarif plein : 14 euros. Moins de 18 ans, étudiants et demandeurs d’emploi : 9 euros.

LE POINT SUR LA TRANSMISSION

En 2018, il y a eu environ 200 cessations d’activité, en Deux-Sèvres, et seulement près de 140 installations aidées ou non, selon Éric Ferré, responsable du pôle transmission pour les chambres d’agriculture des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime. « Pour trois départs à la retraite, il y a deux arrivées d’agriculteurs. Le ratio ne bouge pas trop depuis quelques années », résume-t-il. Mais le nombre de départs à la retraite devrait augmenter dans les années à venir. Pour maintenir ce taux de renouvellement dans la profession, Éric Ferré insiste : « les cédants ne peuvent plus être dans une posture d’attente passive. Il faut se mettre en action, mettre en action son réseau. Le cédant doit chercher son candidat. Et il faut qu’il travaille la question de l’offre puisqu’il y a plus d’offres que de demandes ». Prix, orientation technique, façon de travailler, proximité avec un bassin d’emploi (pour la famille de l’agriculteur), maison d’habitation : chaque hiver, les chambres proposent aux cédants des préparations à la transmission afin qu’ils réfléchissent à leur outil de production et à son implantation. Si, avant 2017, ils étaient moins de 30 à y participer, en 2018, ils étaient plus de 45. Le 27 mars, la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres donne rendez-vous aux cédants et aux repreneurs potentiels au Campus des métiers, à Parthenay, pour une journée dédiée à la transmission.

 

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