Agri79 Informations 13 décembre 2018 à 09h00 | Par Anne Frintz

Protéines végétales : gare à la surproduction

En vogue, les légumes secs pour l'alimentation humaine représentent un marché de niche. Les coops et négoces du centre-ouest français sont très attentifs à ce qu'il n'y ait pas de surproduction de la légumineuse-phare, la lentille, en conventionnel.

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« On va limiter nos surfaces en lentille en 2019 », informe Loïc Guitton, directeur des productions végétales spécialisées à la Cavac.
« On va limiter nos surfaces en lentille en 2019 », informe Loïc Guitton, directeur des productions végétales spécialisées à la Cavac. - © Cavac

Les lentilles et les pois chiches, sources de protéine végétale, ont le vent en poupe, dans les assiettes des consommateurs. Leur consommation a augmenté de 12 % en 2017, selon la fédération nationale des légumes secs - FNLS -. La lentille représente un tiers de la consommation de légumes secs en France, contre 13 % pour le pois chiche. Dans les rotations des agriculteurs, entre 2016 et 2017, les surfaces dédiées aux lentilles ont augmenté de 62 %, en France, et celles dédiées aux pois chiches de 105 %, selon l'association nationale des interprofessions des légumes secs - Anils -.

L'engouement des consommateurs est dû à leur volonté de manger sain, diversifié, équilibré... et français ! Celui des agriculteurs, selon Simon Ferrari, responsable marketing et achat des productions végétales d'Océalia, est lié aux prix du blé et du maïs. « C'est parce que le blé tendre allait mal que les agriculteurs se sont diversifiés. Ils cherchent à sécuriser leur production. Si on avait du blé et du maïs qui se comportaient bien, en termes de prix, je ne suis pas sûr qu'il y aurait un tel développement des légumineuses », expose-t-il.

Un marché de niche
« Le marché se développe, en conventionnel, poursuit-il, mais il faut être très prudent pour que le prix de la lentille ne s'écroule pas (le prix minimum garanti aux adhérents d'Océalia était de 540 EUR/t de lentilles en 2018, d'après Simon Ferrari ; il était d'environ 700 EUR/t en 2008, NDLR). Il ne faut pas en produire trop ». À Océalia, 1 200 t de lentilles et 200 t de pois chiches ont été collectées en 2018 (première année pour le pois chiche), ce qui représente 0,1 % de sa collecte totale (1 500 000 t). Les légumes secs sont un marché de niche, rappellent les coops et négoces, il faut être d'autant plus attentif pour éviter la surproduction.

« Cela ne fonctionne que si on travaille en filière, avec des débouchés sécurisés. La lentille a du sens dans la rotation. C'est une bonne tête d'assolement, elle a de bonnes vertus agronomiques (lire les témoignages d'agriculteurs, page 4). On a donc beaucoup de demandes des agriculteurs pour en faire : plus de demandes que de surfaces à donner. On va limiter nos surfaces en lentille, en 2019, car le marché est "baissier" », informe Loïc Guitton, directeur des productions végétales spécialisées à la Cavac.

Le pois chiche, « intéressant »
Les contrats passés entre les opérateurs et les agriculteurs portent sur des hectares, et non sur du tonnage, et sont à l'année. En France, au total, indique Loïc Guitton, il y a besoin aujourd'hui de 40 000 ha pour couvrir le marché de la lentille et du pois chiche français, et produire ainsi 40 000 t de lentilles et 30 000 t de pois chiche. En termes de volume, en 2018, la Cavac a collecté 2 500 t de lentilles, produites sur 2 000 ha, et moins de 1 000 t de pois chiches, produits sur 300 ha.
La SAS Démograins (16), du groupe Piveteau, adhérent au Négoce agricole Centre-Atlantique (Naca), est plus spécialisée dans le commerce de pois chiches français que de lentilles. En 2018, elle a collecté 6 000 t de pois chiches, produits sur 3 000 ha en ex-Poitou-Charentes et en Dordogne. Son gérant, Denis Mouilleau, a la volonté « de développer le pois chiche », dit-il. Pour 2019, il contractualise plus de surfaces encore avec ses agriculteurs qu'en 2018, même si le marché « risque » d'être un peu moins bon, confie-t-il.

S'il ne veut pas parler de prix (à Océalia, le prix minimum garanti est 450 EUR/t pour le pois chiche), Denis Mouilleau l'assure : « c'est une culture intéressante pour le producteur, en termes de marge et d'assolement. C'est un bon précédent à une culture de céréales ». Plus délicat à cultiver que la lentille, lorsqu'il quitte le pourtour méditerranéen, le pois chiche attire moins, ici. Sa marge de développement en est d'autant plus grande.

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